Être parfait, imparfaitement (Marc 14.12-31)


Notes d’enseignement pour le dimanche 13 novembre 2011 (série Marc)

Le titre lui-même indique une contradiction, mais cela dépend de la perspective que l’on utilise pour aborder le sujet de la perfection. Dans la perspective du « déjà » et du « pas encore » qui caractérise si bien le cheminement du Chrétien, « être parfait » désigne comment Dieu nous voit en Jésus-Christ. Et « être parfait de façon imparfaite » désigne la réalité de notre marche quotidienne. Nous ne sommes pas parfaits dans notre manière de vivre, même si nous sommes appelés à la perfection dans notre état d’âme devant Dieu. Nous pourrions l’exprimer de la manière suivante : à cause de la croix, « nous sommes toujours plus pécheur que nous le réalisons, et Jésus nous voit plus juste que nous pensons. »

Ce qui m’intrigue dans le récit de Marc est l’emplacement de la table du Seigneur au milieu de deux affirmations par Jésus que ses disciples le trahiront. Ce sandwich littéraire nous enseigne deux réalités importantes sur la marche du Chrétien. Et pour celui ou celle qui ne se considère pas un Chrétien, le récit de Marc offre deux raisons convaincantes pour écouter l’appel de Dieu à se tourner vers son Fils.

Lire Marc 14.12-31

Le chemin de la gloire de Jésus-Christ prend une route qui nous surprend. Jésus va bel et bien à Jérusalem pour glorifier le Père. Le but de sa mission est d’accomplir tout le plan que Dieu son Père a établi pour lui. Et si nous pouvions résumer cette portion du récit de Marc de manière à pouvoir nous en souvenir, nous pourrions utiliser le schéma suivant :

  • Un trajet
  • Une trahison
  • Une table

Le trajet que prend Jésus

Le lecteur consciencieux remarquera que Jésus va à Jérusalem de façon délibérée. Nous avons l’impression qu’en lisant le récit de Marc que Jésus sait exactement ce qui se passe, et qu’à tout moment, il est conscient d’où il se situe sur le chemin qui le mènera au Calvaire. La réponse aux disciples est si précise que les disciples durent remarquer que Jésus avait bel et bien pris des arrangements au préalable. Il leur indique de rechercher un homme qui porte une cruche d’eau (v.13). Hors, il était coutumier que ce rôle soit réservé aux femmes servantes d’une maisonnée. De plus, trouver une chambre meublée et préparée pour un repas comme celui de la Pâques aurait nécessité des arrangements au préalable, surtout quand on considère la quantité de monde qui serait monté à Jérusalem pour le festival de la Pâques. Le maître de la maison en tout cas, n’est pas surpris par l’arrivée des disciples (v.15). Et la chambre haute, probablement une pièce multifonctionnelle réservée pour des occasions de ce genre, était déjà prête pour l’évènement proposé. Le verset 16 nous fait un court résumé en indiquant que tout était comme Jésus l’avait prédit, et les deux disciples enclenchèrent les préparatifs comme il se devait.

La trahison

Mais voilà, un repas qui commémore le meurtre d’un animal pour effectuer la rédemption du premier-né ne peut pas se passer sans illustration réelle au repas. Le repas de la Pâques, si on se souvient bien, commémore en Israël l’évènement fatidique où Dieu allait exercer son jugement final sur l’Égypte pour que le peuple d’Israël soit libéré pour aller à la montagne de Sion dans désert. Il s’agit du meurtre des premiers-nés de chaque maison. Le peuple d’Israël avait été prévenu que l’ange de la mort visiterait l’Égypte cette nuit-là, et que seules les maisons dont les linteaux étaient recouverts du sang d’un agneau seraient épargnées. (voir Exode 11-12.28)

Ce qui étonne les disciples est que s’il y a bien un premier-né qui mérite la vie, c’est bien Jésus. Et pourtant, la première chose qu’il annonce au repas (selon le récit de Marc en tout cas) est qu’il sera trahi, et que cela se produira par un des douze disciples en plus! (v.18)

Mais comme le repas de la Pâques nous le rappelle, l’annonce de Jésus suit un plan bien déterminé à l’avance. Et cela devrait capter notre attention. Jésus n’entre pas dans une situation où il perd contrôle. Il n’est pas sur la défensive en train de s’esquiver pour sauver sa vie. Il se livre lui-même comme le prophète Ésaïe l’a si bien décrit 700 ans auparavant, “Et il n’a point ouvert la bouche, Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent; Il n’a point ouvert la bouche.” (Ésaïe 53.7)

On peut même y entendre des échos du roi David dans le Psaume 41 lorsqu’il dit, “10Celui-là même avec qui j’étais en paix, Qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, Lève le talon contre moi.” (Psaume 41:10)

Mais est-ce une lamentation comme le roi David? Non, Jésus ne fait pas appel à la justice de Dieu. Pourquoi? Il EST la justice de Dieu. Jésus est la réponse finale au mal, aux trahisons, aux injustices de ce monde. C’est cette affirmation d’ailleurs qui forme par exemple l’argument de l’apôtre Paul devant le roi Agrippa pour lui témoigner de l’authenticité de Jésus en lançant au roi l’invitation de se confier dans la personne de Jésus-Christ ressuscité pour le salut éternel de son âme.

22Mais, grâce au secours de Dieu, j’ai subsisté jusqu’à ce jour, rendant témoignage devant les petits et les grands, sans m’écarter en rien de ce que les prophètes et Moïse ont déclaré devoir arriver, 23 savoir que le Christ souffrirait, et que, ressuscité le premier d’entre les morts, il annoncerait la lumière au peuple et aux nations. (Actes 26.22-23)

Sa Table

La scène qui suit est riche de sens. Jésus insère dans le repas de la Pâques une note explicative qui révèle que l’agneau immolé pour éviter la visite de l’ange de la mort est bel et bien lui-même. Et lorsqu’il prend le pain pour le briser, il donne la signification qui était cachée depuis le début des temps. “Ceci est mon corps… (v.22).

C’est la table de Jésus. Il rend grâce. Il rompt le pain. Et c’est lui qui le donne aux disciples en partage…oui, même à Judas qui va le trahir. Le corps de Jésus est offert à tous ceux qui, en dépit de leurs fautes, se tournent vers lui et acceptent de prendre part à son corps. Jésus fait de même avec la coupe en désignant une nouvelle alliance qui prend l’image du sang de l’agneau qui était répandu sur les linteaux de la porte des maisons d’Israël. Dieu passera outre. Il ne tiendra pas compte des péchés de celui qui est couvert par le sang de Christ…même Judas, si seulement Judas avait placé sa confiance en son maître.

Mais l’histoire ne finit pas là bien sûr. Est-ce que Jésus savait que sa mort serait suivie par une résurrection? Oui! Il l’affirme lui-même pendant le repas.

25 Je vous le dis en vérité, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. (Marc 14.25)

Bon, on peut argumenter sur ce que veut dire “dans le royaume de Dieu.” Jésus aurait pu très bien signifier, “Écoutez les gars, ce fut une belle ride, on se verra de l’autre bord!” Mais, dans le contexte de ce qui avait été annoncé dans les chapitres précédents, il va de soi que Jésus parle non seulement de sa résurrection, mais de sa glorification qu’il partagera avec ses disciples à la fin des temps.

Elle est intéressante cette tournure de phrase. Elle me donne l’impression que Jésus voulait rassurer ses disciples en leur annonçant que si les disciples pouvaient avoir la même perspective que lui sur les événements qui allaient se produire prochainement, qu’ils seraient reconnaissants et dans une certaine joie (mêlée de tristesse bien sûr). Mais les disciples seraient vivement encouragés et soulagés par ce que Jésus vient d’affirmer. Le jugement de Dieu n’est pour le peuple de Dieu jamais sans espoir et réconfort. Cela nous rappelle les paroles de l’apôtre Paul qui affirme…

17Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure,  18un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. (2Corinthiens 4.17-18)

Ma table

Mais ce qui devait nous rejoindre au plus profond est que la table du Seigneur peut aussi devenir notre table. L’invitation du Seigneur à prendre le pain et prendre la coupe est une invitation à communier avec lui. C’est de là d’ailleurs que nous sortons l’idée de “communion” lors du repas de la sainte cène.

Jésus nous invite à participer à sa table en la rendant aussi notre table. C’est là précisément que nous sommes invités à nous décharger sur lui de tous nos soucis. D’ailleurs, c’est bien ce qui signifie la promesse du Seigneur dans Matthieu 11.28-30.

28Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. 29Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. 30Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.

Et nous faisons bien de comprendre ce passage dans le contexte des fardeaux et des jougs qu’imposaient au peuple les dirigeants religieux du temps de Jésus.

2Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. 3Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent; mais n’agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. 4Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. (Matthieu 23.4 ; voir aussi Luc 11.46).

Jésus affirme aux disciples qu’ils seront tous scandalisés. Tous vont le trahir. Ils seront tous bouleversés par les évènements à venir. (v.27) Mais encore une fois, tout cela doit arriver parce que c’est déjà écrit. Et c’est là où Jésus fait référence aux paroles du prophète Zacharie qui avait annoncé plus de 800 ans auparavant que les disciples de Jésus le trahiraient tous.

7Épée, lève-toi sur mon pasteur Et sur l’homme qui est mon compagnon! Dit l’Éternel des armées. Frappe le pasteur, et que les brebis se dispersent! Et je tournerai ma main vers les faibles. (Zacharie 13.7)

Et on ne peut pas passer outre sans mentionner le passage que nous connaissons bien dans le livre d’Ésaïe qui semble faire référence aux disciples de Jésus.

6Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; Et l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. (Ésaïe 53.6)

Finalement, nous pouvons aussi nous identifier avec l’apôtre Pierre. Lui qui affirme tout haut, devant son maître, et devant ses confrères, qu’il ne trahira jamais Jésus. Tous les autres dirent la même chose.

Mais Jésus, et je crois avec beaucoup d’amour, reprend Pierre sachant qu’avant le levé du soleil le lendemain même, il le renierait trois fois.

Qu’est-ce que la table nous rappelle dans tout cela alors? Que faire de cette table qui peut aussi devenir ma table? Dit simplement, la table du Seigneur nous rappelle que nous défaillons en dépit de nos meilleurs efforts. Mais, Jésus ne nous lâche pas pour autant. Cette table n’est pas un endroit pour essayer d’impressionner Dieu avec notre justice, elle est l’endroit par excellence où nous pouvons être brutalement honnêtes devant Dieu et envers nous-mêmes. Il ne nous reniera pas. Il nous accepte comme nous sommes, mais il ne nous laissera pas indifférents. Il veut que nous soyons comme lui, parfait.

Conclusion et applications personnelles

Comme lors de sa montée à Jérusalem, Jésus prend le repas de la Pâques avec une détermination calculée criblée de sens. Le Seigneur, maître de la terre, vient accomplir un plan préparé depuis le début des temps. Il ne bronche pas. Il n’est pas surpris par les évènements qui l’entourent. Il sait bien ce qu’il fait. Et pour lui, pas question de retourner en arrière. Il faut que ces choses s’accomplissent de cette manière. Il n’existe pas d’autres solutions. Les trahisons de Jésus font bien parties aussi de son plan. Mais Jésus est le seul qui est venu donner sa vie pour ceux qui lui ont tourné le dos.

Deuxièmement, la table du Seigneur est invitation pour nous de nous décharger sur Lui de tous nos fardeaux. C’est une réponse évangélique à la table du Seigneur. Car si le problème fondamental de nos vies est le péché, et qu’à la base de toutes souffrances dans la vie se trouve le péché, la solution évidente est la restauration qu’accomplit Jésus au travers de sa justice qui vient payer la dette de mon péché.

Suivre Jésus est donc un appel à être trouvé parfait en Dieu tout en admettant à nous-mêmes que nous ne le suivons pas parfaitement. Mais attention, la raison d’être de cette Bonne Nouvelle de Jésus mort en croix à notre place pour payer notre dette n’est pas juste une bonne idée. Elle est une façon de vivre! Car le moyen de vivre parfait devant Dieu est de tenir pour acquise à soi-même l’oeuvre de Jésus à la croix pour soi-même.

Ça veut dire que dans ma quête de vivre parfait devant Dieu, au lieu de faire des meilleurs efforts pour mieux paraître et encore mieux plaire à Dieu, j’ai besoin de retourner à la table du Seigneur et me décharger sur lui de tous mes fardeaux, mes péchés. Je n’ai qu’à m’approprier l’oeuvre de Jésus à ma place pour ensuite continuer mon chemin pour suivre Dieu. Et de cette manière, je puis être parfait de façon imparfaite selon mes efforts, mais parfait selon l’oeuvre de Dieu pour moi.

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