Un Royaume de « nous »


Notes de prédications pour dimanche 24 juillet 2011 (série Marc)

Lorsque nous entendons parler d’un royaume, l’image qui nous vient souvent en tête est celle d’une époque lointaine où chevaliers et demoiselles se faisaient la coure, où roi et reine siégeaient sur un trône voluptueux pendant qu’une population beaucoup plus nombreuse travaillait le sol et le bétail pour la simple survie. Donc, lorsque Jésus parle de la venue de son Royaume, il est peut-être nécessaire pour nous de définir de quoi il s’agit.

Dans les chapitres précédents Marc 8, nous faisons connaissance avec Jésus qui accomplit des miracles de telle manière que les gens glorifient Dieu (Marc 7.37) et qui enseigne avec une telle conviction et une telle intégrité que son auditoire est en admiration de son autorité (Marc 1.22). Les aveugles recouvrent la vue, les paralytiques marchent, les malades sont guéris, les impures deviennent pures, et les possédés sont libérés. Mais comment parler d’un Royaume? Pourquoi ne pas parler d’un mouvement centré autour d’un faiseur de miracles?

Le royaume de Dieu implique forcément la présence d’une autorité qui est à la fois reconnue par ceux qui s’y soumettent et qui captive l’attention de ce qui est juste. Par exemple, j’ai beau affirmer que je suis le chef dans un groupe, mais à moins que les autres membres du groupe le reconnaissent aussi, je n’ai pas d’autorité. De plus, à moins que cette autorité reflète ce qui est désiré par le reste du groupe, là non plus je ne risque pas d’avoir d’autorité. Mon autorité sera toujours contestée.

Alors que dire du Royaume de Dieu? Premièrement, c’est là où la puissance de Dieu, cette délivrance de l’oppression du péché se manifeste de façon réelle. Le Royaume de Dieu est simplement là où Dieu règne. Et deuxièmement, nous pourrions dire que c’est la sphère d’influence où les choses sont renouvelées selon le caractère de Dieu.

Quand Jésus lance l’invitation de participer à son royaume, il offre une opportunité à quiconque lui fait confiance de participer dans le nouvel ordre des choses, un monde renouvelé par la puissance, l’autorité, la justice de Dieu. Superbe non?! Imaginez que vous vous trouvez à la place d’un des disciples qui écoute et observe son maître faire de telles choses. Participer à la sphère d’influence de Jésus? Et que oui!

Alors, nous pouvons saisir la confusion qui entoure les disciples de Jésus lorsque celui-ci annonce pour la 2e fois qu’il doit souffrir, être rejeté des siens, et mourir. À ce stade-ci, je commencerai à poser la question s’il existe un PLAN B. « Qu’allons-nous faire alors si tu dois mourir? » Je m’imagine que la discussion des disciples devait tourner autour de la nécessité d’assurer une succession royale. Qui prendrait la place de Jésus?

Mais encore une fois, une fois de trop, les disciples de Jésus s’égarent dans un cheminement de raisonnement purement humain. Il ne faut pas trop le leur reprocher quand même. Nous ne ferions probablement pas mieux à leur place. Parce que le Royaume de Dieu n’opère pas sur les bases de la créature, mais bien sur celles établies par le Créateur. Le Royaume de Dieu est beaucoup plus qu’un mouvement terrestre. C’est en effet la venue d’un règne céleste accompagnée d’une puissance qui renouvelle. La création qui eu a subir les effets néfastes du péché contemple pour la première fois un renouveau d’espoir dans la re-création, dans un renversement. « Oh que le monde puisse redevenir ce qu’il était avant la chute d’Adam! » Et voilà que survient à l’horizon Dieu lui-même, en chair et en os, proclamant la venue et le rétablissement de son royaume tant attendu. Glorieux mystère!

Alors il n’est pas trop étonnant pour nous de voir les disciples de Jésus s’entretenir sur la question de qui est le plus grand, ou encore de qui fait partie de notre club si exclusif. Et comme il l’a fait à plusieurs reprises dans le passé, Jésus profite d’un moment de confusion chez les disciples pour leur inculquer une réalité importante sur le fonctionnement de son royaume. En fait, c’est une leçon en trois parties.

Pour être le premier il faut chercher à être le dernier (Marc 9.35-37)

35Alors il s’assit, appela les douze, et leur dit : si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.

Quel renversement de l’ordre des choses! Nous qui apprenons assez jeune à faire valoir nos capacités au milieu d’une compétition saine. Nous qui faisons notre possible pour faire partie de ceux qui sont sélectionnés sur la base de leurs mérites. Comment pouvons-nous croire que l’honneur et la gloire sont pour ceux qui désirent être les derniers? Les plus petits? Pas surprenant que Jésus ait pris un enfant dans ses bras.

C’est justement parce que la grandeur d’une personne selon Dieu n’est pas vue d’une perspective individuelle. La perspective de Dieu est celle d’un groupe, d’une communauté, en fait, d’un royaume. Celui qui est le plus grand aux yeux de Dieu est celui qui cherche à contribuer à la stature de ceux qui l’entourent. Le Royaume de Dieu n’est pas un parti politique, c’est une famille.

Analysez le fonctionnement d’une entreprise, d’une équipe, d’une famille même, et vous trouverez qu’un des ingrédients essentiels à la base de leur réussite est une culture d’entre aides centrées autour d’une vision commune. Jésus nous pousse donc à déduire que la » grandeur » d’un Chrétien se mesure par sa disposition à servir son prochain en vue de la gloire de Dieu. Si quelqu’un aspire à devenir grand aux yeux de Dieu, il doit apprendre à voir son prochain comme étant plus grand et digne de service.

Jésus Christ est Seigneur (Marc 9.37-41)

L’apôtre Jean pousse la question plus loin. « Quand est-il de ceux qui ne font pas comme nous? Qui ne parle pas comme nous? »

Jésus est implacable. Ce n’est pas l’identité individuelle du groupe qui compte, c’est le respect du nom qu’il porte.

39Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi. 40Qui n’est pas contre nous est pour nous. 

Jésus affirme au moins deux choses. La première est évidente. C’est le nom de Jésus qui compte. C’est son autorité qui est à l’oeuvre. Celui au travers duquel la puissance et l’autorité de Dieu se manifestent n’y est pour rien après tout. Par exemple, est-ce que je vais honorer le pinceau ou le peintre pour avoir créé un chef d’oeuvre? Est-ce les chaussures ou le coureur qui emporte la médaille? Le bâton ou le joueur qui compte le but? Alors pourquoi se vanter d’être quelque chose de spécial? Pourquoi permettre à l’autre d’être un instrument pour la puissance de Dieu et pas un autre animé de cette même puissance et autorité?

La deuxième remarque concerne l’appartenance au royaume. Soit tu en fais partie ou tu ne l’en fais pas. Jésus est tranchant. Il est catégorique. Ta participation dans le Royaume de Dieu dépend entièrement des mérites du Seigneur. Sois Jésus Christ est ton Seigneur ou il ne l’est pas.

Jean démontrait de la passion, mais une passion mal fondée. L’objet de sa passion était la performance et l’identité de son groupe de disciples. C’est une tentation plus ou moins naturelle. Nous sommes bien souvent incapables de bien gérer notre propre succès. Car lorsque nous réussissons, nous avons tendance à nous approprier tout ce qui a pu contribuer à ce succès, sans tenir compte de tous ceux et celles qui m’ont permis de l’atteindre. L’inverse est aussi vrai. Lorsqu’un membre de notre équipe (de notre famille même) semble ne pas être à la hauteur, nous avons tendance à lui faire des reproches. Et pourtant, nous faisons partie de la même équipe, la même famille.

Une passion qui est digne du Royaume de Dieu reconnaît en partant que le succès dépend de l’autorité de Dieu même qui appelle à lui tous ceux qui doivent mettre leur confiance en lui. La passion d’un chrétien se mesure par son désir de voir Dieu glorifié sincèrement chez le plus de gens possible.

Le Royaume de Dieu vaut cher (Marc 9.42-50)

La troisième partie de l’enseignement de Jésus est une mise en garde. Certaines religions semblent pratiquer une interprétation littérale de ce que Jésus enseigne ici. Et c’est dommage, parce que c’est mal comprendre le point principal de ce que Jésus enseigne. La leçon principale n’est pas la nécessité de retrancher un membre du corps, mais plutôt de reconnaître la valeur du Royaume de Dieu.

42Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer. 43Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, 44que d’avoir les deux mains et d’aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint point. 45Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, 46que d’avoir les deux pieds et d’être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint point. 47Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n’ayant qu’un oeil, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne, 48où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s’éteint point. 49Car tout homme sera salé de feu. 50Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous?

Le Royaume de Dieu est si précieux et si important que l’on doit faire notre possible pour ne pas être un empêchement pour nous-mêmes ou d’autre d’y participer. C’est Dieu qui appelle. Et si tu te rends compte que tu es ton pire ennemi pour participer au Royaume, il est plus profitable pour toi de défaire (couper) les liens qui t’empêchent d’y participer pleinement. Ne laisse pas tes caprices ou une passion personnelle devenir une distraction de la poursuite du Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu est beaucoup trop précieux!

Selon ce que Jésus enseigne, nous devons aussi faire attention de ne pas offenser celui qui répond à l’appel de Jésus. Nous ne voulons pas être un empêchement ou une influence qui décourage un autre de venir à Jésus. Ceci veut dire que lorsque nous voyons l’Esprit de Dieu agir dans la vie d’un individu, même imparfaitement, nous nous devons de l’encourager à persévérer avec grâce dans l’espoir que l’Esprit de Dieu l’amènera à une pleine maturité en son temps.

Jésus joue le rôle d’un plaidoyer aux versets 50-51. Si tu rejettes la grâce de Dieu pour être un ambassadeur de son Royaume qui cherche rassembler et servir ceux que Dieu appelle à lui-même, comment espères-tu avoir du succès dans son Royaume? Quel autre espoir te reste-t-il? Tu deviens inutile.

Ce que Jésus veut faire comprendre à ses disciples est que la participation au Royaume de Dieu n’est pas une affaire individuelle. Ça ne concerne pas seulement la relation entre moi et mon Dieu. Le moment que j’entre en relation avec Jésus, j’entre aussi en relation avec les autres membres de son royaume.

Conclusion

Participer au royaume de Dieu implique nécessairement une relation de famille. Et la plus grande valeur de la famille de Dieu est la recherche de l’unité en Christ. C’est lui qui nous unit. C’est lui qui fait notre force. Être uni sans Christ ne vaut rien.

Si tel est le cas, alors le plus grand danger pour un Chrétien qui participe au Royaume de Dieu est de devenir un empêchement pour quelqu’un d’être réconcilié à Jésus-Christ. Je dois donc prêter une attention particulière à l’oeuvre de Dieu qui appelle des gens d’un peu partout à participer à son Royaume en plaçant leur confiance dans l’Évangile. Est-ce que j’encourage ou est-ce que je décourage l’oeuvre de Dieu dans ce domaine? Que dire de mon implication à l’Église? Est-ce que j’encourage mes frères et soeurs à se confier en Christ, ou suis-je pour eux un sujet de découragement au travers de mes paroles, mes actions, mes façons de faire?

Il est bon de s’examiner de temps à autre pour considérer notre relation avec Dieu au travers des autres membres de sa famille. L’Église, c.-à-d. la communauté de ceux qui appartiennent à Dieu, devrait avoir la réputation d’avoir une passion pour servir les autres d’une telle manière que le projet devient l’excuse pour rendre service au nom de Jésus-Christ.

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