Tel est mon nom


Enseignement donné par Jean Maurais à l’église le 9 mai 2010.

La Bible n’est pas un livre tombé du ciel. En fait une bonne partie de la Bible nous témoigne de comment Dieu s’est révélé au fil de l’histoire. On apprend à connaître Dieu au-travers de l’expérience de ces individus et des écrits que Dieu a inspirés. Une autre chose qui est parfois oubliée, c’est que Dieu s’est révélé progressivement et de différentes manières. Que ça soit par une visite à Abraham ou la manière qu’il dirige la vie de Joseph ou encore par le don de la loi au Sinaï, tous ces évènements nous apprennent quelque chose de Dieu. Bien sur, Dieu lui-même est venu dans la personne de Jésus. Est-ce que ça ne nous parle pas de la grande sagesse et variété de notre Dieu?

Une des manières que Dieu emploie pour se révéler à nous, c’est au-travers des noms et des qualificatifs qu’il se donne. Nous retrouvons plusieurs occasions dans l’Ancien Testament où Dieu se manifeste aux hommes sous un nom particulier. (El Shaddaï, El Olam, etc.) Certainement que l’un des récits les plus importants est celui du dévoilement du nom de Yahweh qui est fait en Exode chapitre 3, v. 13-15.

Mais il y a une difficulté : En lisant ces versets, il est difficile de savoir de manière exacte ce que veut dire ce nom. Les juifs ont cessé depuis longtemps de le prononcer – par respect mais aussi par superstition – donc nous ne somme plus certains aujourd’hui de son sens. (Expliquer comment s’écrit le mot en hébreu et pourquoi les voyelles sont importantes)

Pour arriver à comprendre un peu mieux ce nom, et ce que Dieu essaie de communiquer de lui-même, il faut regarder le contexte plus large. C’est ce que j’aimerais faire avec vous tout en réfléchissant à la portée de ce geste : qu’est-ce que ça veut dire pour nous que Dieu donne son nom.

Le contexte

Dans les chapitres précédents, on apprend que la famille immédiate de Jacob avait immigré en Égypte sous la gouvernance de son fils Joseph. Plusieurs générations plus tard, ce qui était une terre d’accueil devient un état oppresseur, et cherche à se rendre maître des Israélites premièrement par l’esclavage, puis en éliminant les enfants mâles. La promesse faite à Abraham d’une descendance nombreuse est menacée par cette tentative de génocide.

Malgré l’oppression, le peuple se multiplie. C’est intéressant que pour décrire cette multiplication, Exode ch. 1 reprend les mêmes expressions que Genèse 1-2 en répétant à trois reprises que les Israélites étaient féconds, se multipliaient et remplissaient le pays, peu importe les moyens employés pour les opprimer1. Je ne crois pas que ce parallèle soit accidentel. C’est comme si on voulait souligner que ce peuple de la descendance promise allait devenir une nouvelle humanité en quelque sorte – un peuple phare – choisi par Dieu pour servir de témoignage aux nations. Par eux, Dieu est en train de réaliser la promesse faite à Abraham.

Au milieu de ces souffrances, Dieu suscite un libérateur. La manière dont on raconte les débuts de la vie de Moïse n’est pas dépourvue d’ironie. Il est abandonné au Nil conformément à l’ordre du Pharaon mais en étant toutefois placé dans une petite embarcation. Ce détail revêt aussi un sens particulier. Moïse sera sauvé des eaux par une arche, comme Noé et sa famille avant lui. En effet, le mot hébreu employé ici ne se retrouve qu’à un autre endroit dans la Bible, soit en Genèse 7 et 8 pour décrire l’embarcation construite par Noé. Encore ici, on voit un parallèle qui est fait dès les débuts du récit de l’Exode, quelque chose de grandiose et de nouveau se prépare dans l’histoire du salut et que ce Moïse est un personnage spécial, appelé par Dieu à sauver son peuple.

Comble d’ironie, Moïse est secouru par un membre de la famille royale en contradiction directe à l’ordre du Pharaon. Il reçoit alors la meilleure éducation possible et devient le candidat idéal au poste de libérateur d’Israël. Il était probablement l’Israélite le plus éduqué et le plus riche. Mais le scénario parfait ne se déroule pas comme prévu. Au premier signe d’opposition, il fuira au désert. Il est intéressant de noter que l’opposition initiale provient non des Égyptiens, mais de son propre peuple : Qui t’a établi chef et juge ? C’est un échec complet qui laissera des traces comme nous le verrons. N’est-ce pas étrange comment Dieu travaille?

Ceci dit, le chapitre 2 se termine sur une note d’espoir : Dieu entend les cris des Israélites. Et non seulement il entend, mais le texte souligne à grands traits l’empathie de Dieu en décrivant la manière dont il se prépare à intervenir : Il regarde leurs souffrances, il prend connaissance de leur état et il se souvient de son alliance2. Par ces 4 verbes, l’auteur prépare le terrain pour la suite du récit au chapitre 3.

La rencontre

Puis on arrive au chapitre 3 qui est le début proprement dit du récit de l’exode. C’est aussi là que Dieu se manifeste à Moïse. Regardons ensemble ce qu’on apprend de Dieu dans ce chapitre :

Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb. 2L’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point. 3Moïse dit: Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.

Moïse aperçoit ce buisson qui brule sans se consumer et décide d’aller jeter un coup d’œil. Il semble approcher ce lieu par curiosité, sans se douter de ce qui est sur le point d’arriver. Son comportement ne manifeste pas les caractéristiques de quelqu’un qui se sait en un lieu sacré. C’est seulement lorsque la voix du buisson l’interpelle qu’il prend conscience de l’importance du lieu où il se trouve. Nous sommes ici en présence de la première référence au mont Sinaï.

L’Éternel vit qu’il se détournait pour voir; et Dieu l’appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. Et il ajouta: Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.

Autre élément important et nouveau : le concept de la sainteté de Dieu. Absent de la Bible jusqu’à présent, c’est la première mention du mot sainteté (qodesh). On apprend maintenant que s’approcher de Dieu est un exercice périlleux qui ne peut être fait qu’en ses termes à lui. Moïse doit ôter ses sandales, ce qui était alors (et encore aujourd’hui) une marque de respect du sacré observée dans plusieurs religions. (Un peu comme aujourd’hui on enlève nos chapeaux par marque de respect). Il se cache aussi le visage. Cet aspect de la personne de Dieu devient un élément central dans sa révélation de lui-même. Tout un système rituel de pureté et de sacrifice sera mis en place pour enseigner au peuple ce qu’est la sainteté de Dieu.

L’Éternel dit: J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. 8Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu’habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens. 9Voici, les cris d’Israël sont venus jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font souffrir les Égyptiens. 10Maintenant, va, je t’enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les enfants d’Israël.

Dieu annonce qu’il « descend » (voir v. 8-10) pour délivrer son peuple et le mener dans le pays promis. La surprise vient du fait qu’après avoir annoncé cette délivrance, il ordonne à Moïse d’aller au devant du Pharaon et de faire sortir le peuple. Dieu choisit d’agir par le moyen d’un intermédiaire humain. Encore ici, c’est la première fois dans l’histoire d’Israël que cette dynamique apparaît.

C’est à Moïse qu’est faite la révélation du nom Yahweh : Il est le seul à qui Dieu dévoilera son nom. C’est lui qui ira à la rencontre de Dieu sur la montagne, qui intercédera pour le peuple et qui rapportera les paroles de Dieu au peuple. Symbole frappant : dans la suite de cette conversation avec Dieu, il lui sera dit de se tenir à la place de Dieu aux yeux d’Aaron et du peuple (voir Ex. 4.16) Il est en quelque sorte un médiateur entre Yahweh et son peuple.

Puis, on est témoins d’une discussion entre Dieu et Moïse :

Moïse dit à Dieu: Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les enfants d’Israël? 12Dieu dit: Je serai avec toi; et ceci sera pour toi le signe que c’est moi qui t’envoie: quand tu auras fait sortir d’Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. 13Moïse dit à Dieu: J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?

On observe un parallèle intéressant dans les v. 11 et 13 entre la question de Moïse : « Qui suis-je » et celle qu’il pose à Dieu et qui revient à dire : « Qui es tu ? ». La première question traduit sans aucun doute la surprise de Moïse de se faire confier une si grande tâche. On peut se mettre à sa place et imaginer notre propre réaction!

Qu’est-ce qui motive la deuxième question de Moïse (« Quel est ton nom ») ? est-ce un doute personnel par rapport à ce Dieu qui l’envoie ou s’agit-il d’une préoccupation réelle ? Il ne faut pas oublier que la première intervention de Moïse en faveur de son peuple s’est soldée par une contestation des Israélites. La question « qui t’a établi chef et juge ?» est très probablement encore présente à son esprit. Moïse est confronté à ce rejet et se voit dans l’obligation de recevoir un mandat solide. Les deux questions sont donc reliées : L’identité de Moïse dépend de l’identité du Dieu qui l’envoie. Il veut aussi être rassuré par Dieu Du moins, tel est l’objectif visé par la réponse de Dieu : « Je serai avec toi » (v. 12).

Pourquoi cette question? Pourquoi le peuple demanderait-il à Moïse l’identité du Dieu qui l’envoie ? Est-ce que ce n’est pas pour éprouver l’authenticité d’un prophète4 ou d’un envoyé? Il ne faut pas perdre de vue que la raison première pour laquelle Dieu dévoile son nom est pour confirmer Moïse dans son rôle de prophète.

Le nom de Dieu

Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël: Celui qui s’appelle “je suis” m’a envoyé vers vous. 15Dieu dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël: L’Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération.

Premièrement, il y a une simple affirmation que Dieu est : « Je suis celui qui suis ». Le temps du verbe n’étant pas clairement défini, cette phrase pourrait être traduite par « je suis ce que je suis » ou encore « je suis qui je serai ». Puis, la deuxième phrase répond plus directement à la question de Moïse et du peuple : « C’est ‘Je suis’ qui t’envoie », reliant clairement le nom de Dieu avec le verbe « être » : Puis, on observe la progression « je suis celui qui sera » – « je suis » – « Yahweh ».(L’Éternel = Yahweh, Yahweh = je suis)

Il semble que l’explication la plus simple du sens du nom Yahweh dans le contexte soit : « il est » ou « il existe » ou encore « il est présent ». En français, c’est traduit par « l’Éternel », ce qui communique surtout le fait de son existence sans limites. Mais tel quel, ce nom ne nous apprend pas beaucoup de la personne nommée. De simplement savoir que Dieu existe n’apporte rien de nouveau au peuple qui croupit sous l’esclavage. Celui-ci cherche à connaître les intentions de Dieu pour lui : Le Dieu de nos pères, c’est du passé et voilà où nous en sommes. Que sera Dieu pour nous maintenant ? Tel est le sens de leur question.

C’est ici que tout le contexte entourant le dévoilement de ce nom nous aide à en savoir plus sur ce nom et la personne qui le porte. Il lui donne un sens riche, rassurant, et majestueux : Ce Yahweh est celui qui est rempli de compassion pour ce groupe précis d’individus qu’il appellera dorénavant son peuple, conformément aux promesses faites à leurs ancêtres. Il est le Dieu qui voit, entend, connaît et se souvient de son peuple. C’est lui qui va opérer une nouvelle création : celle d’un peuple d’esclaves transformés en nation de prêtres. Il est saint et a choisi de se révéler par l’entremise de son envoyé, Moïse, qui servira de médiateur. « Je suis qui je serai » exprime certainement la souveraineté de Dieu, mais aussi son engagement à demeurer le même et fidèle à ses promesses. Il suscite la foi en celui dont le dévoilement est un avant-goût de ce qui est à venir et de la délivrance qu’il va opérer. En réponse à un Moïse rempli de doute, il affirme que c’est lui seul qui a l’autorité et la puissance d’accomplir un tel acte de délivrance. Lui, Yahweh, le Dieu Éternel, le rédempteur.

La fin du v. 15 nous éclaire un peu en affirmant que Yahweh (‘Je suis’) est le même Dieu que celui qui est apparu aux patriarches. Ce verset termine par une déclaration étonnante soulignant la grande importance de ce nom : « Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération. » Ce nom engage Dieu envers son peuple de manière permanente. Tel est le message que Moïse transmettra aux anciens du peuple.

Je crois qu’il y a suffisamment d’éléments dans Ex 3 pour donner à Yahweh un sens riche et significatif, répondant à la question « Qui es-tu » et donnant à Moïse et au peuple l’assurance recherchée face à la difficulté devant eux. Si on peut résumer en bref :

Yahweh = Je suis présent (pour m’engager envers vous et pour accomplir mes promesses)

Devrait-on employer ce nom aujourd’hui? Dans un sens, c’est dommage qu’il soit tombé hors d’usage parce que c’est le seul nom où il nous est dit que c’est le nom personnel de Dieu.

Quelques réflexions

Comment comprendre la portée de cet acte ? Dans notre culture, un nom est souvent utilisé purement comme symbole arbitraire sans autre raison que sa présence dans la famille, que sa prononciation nous plaise ou par simple caprice. Les noms hébreux ont au contraire un sens qui est facilement décelable. Ils nous disent quelque chose de la nature de la personne, comme ce fut le cas pour Nabal (insensé), David (Bien-aimé) et Abram qui devint Abraham (père d’une multitude). Moïse reçu aussi son nom (Ex 2) dans un contexte où celui-ci décrit son origine et le secours dont il a été l’objet. C’est aussi un nom qui annonce en quelque sorte ce que Dieu fera au-travers de lui pour son peuple.

De même, Dieu s’est fait connaître à l’humanité sous plusieurs noms ou qualificatifs. Mais c’est seulement pour Yahweh qu’il est dit : « Voilà mon nom pour l’Éternité ». La communication de ce nom vise plus que de simples syllabes.

Voici quelques observations que nous pouvons retenir de cet acte de révélation. Que signifie donner son nom à autrui :

  • Donner son nom nous identifie à l’autre et nous rend imputable.
  • L’objectif de Dieu quand il se révèle n’est pas d’impartir une nouvelle information, mais par le dévoilement de son nom, de prendre une forme d’engagement.
  • Quand on est mal servi dans un magasin ou au téléphone, on demande le nom de l’employé. Avoir le nom permet d’identifier quelqu’un et de le coincer. Rester anonyme permet de s’esquiver.

Dieu n’hésitera pas à employer son nom comme une sorte de serment liant Yahweh à son peuple : La formule « Je suis Yahweh » deviendra très courante dans la suite de l’histoire avec Israël. (Je suis celui qui s’est engagé envers vous). Dorénavant, les hommes pourront venir à lui et revendiquer les promesses liées à son nom. Ils pourront le tenir à ses engagements. Le nom Yahweh sert à lier Dieu et son peuple ensemble. Ce que Dieu a fait, ce n’est pas simplement de leur dire qu’il « est », ou même qu’il est présent, mais plutôt qu’il sera toujours leur Dieu. Il s’engage à être fidèle à lui-même et fidèle envers le peuple qu’il s’est choisi. Le nom est donc une forme d’engagement.

Sous le couvert de l’anonymat on est beaucoup moins gênés ou retenus. L’Internet en est la preuve avec toutes les bêtises qui se disent alors que les mêmes personnes n’oseraient jamais dire les mêmes choses en signant le commentaire de leur nom. Mais quand on se présente sous notre vrai nom, on se rend vulnérable. Quelqu’un peut revenir contre nous. On devient alors « imputable ».

Chrétien, est-ce que tu réalise que Dieu s’est engagé envers toi en te donnant son nom et en se faisant connaître à toi? Que tu connais de nom la personne la plus puissante de l’univers? Que cette personne n’est pas seulement puissante, mais cherche ton bien avec une passion qui t’est difficile à comprendre? Qu’il s’engage avec tout ce qu’il a de plus précieux, contre vents et marées, à faire le nécessaire pour te secourir, t’arracher du mal, et t’amener à lui ? Que rien ne peut te séparer de son amour et contrecarrer son projet de salut ?

Est-ce que de dévoiler son nom n’implique pas justement un certain niveau d’intimité ? Une personne inconnue est toujours maintenue à une certaine distance, mais en donnant son nom, celle-ci devient immédiatement plus accessible.

Lorsqu’on se présente et on échange nos noms, une nouvelle étape est franchie dans la relation. Pourquoi met-on des « nametags » sur nous lors de conférences ? Est-ce que ce n’est pas pour franchir une barrière et favoriser un niveau d’intimité ou de convivialité entre les gens ?

Il en est ainsi dans les relations humaines et cela est aussi vrai pour les relations entre Dieu et l’homme fait à son image. En donnant son nom, Dieu sort de l’anonymat, si on peut dire, et se manifeste comme une personne, un être relationnel. Dieu, en donnant son nom, se rend accessible aux siens. Le peuple peut maintenant l’invoquer par son nom (Ps 99.6) et proclamer son nom, c’est-à-dire se réjouir en qui il est. À plusieurs reprises dans le contexte de notre récit, Yahweh emploie le verbe être dans une sorte de jeu de mot pour dire « je serai » avec toi5 et assurer Moïse et son peuple de sa présence. Ce n’est pas une question d’avoir en sa possession d’un mot magique par lequel on peut contrôler la divinité, comme si l’usage d’un nom ou d’un autre donnait un pouvoir spécial. Mais le fait que Dieu nous donne son nom signifie qu’il est une personne qui veut entrer en relation et se rend disponible à nous.

Donner son nom est une étape essentielle d’une relation plus étroite. Quand un gars et une fille veulent entreprendre une relation romantique, on commence toujours par demander le nom de l’autre, si on ne le sait pas déjà. Puis on réfléchi sur le nom, on le répète, on le chérit, etc. (Est-ce qu’il y a des romantiques ici?)

Que Dieu donne son nom n’est pas un acte vide de sens! Il nous dit qu’il est là, qu’il est personnel, qu’il est disponible pour nous et qu’il veut entrer en relation avec nous! C’est lui qui initie cette relation en se donnant, en se montrant, en se liant à nous. Il veut qu’on l’interpelle, qu’on crie à lui, qu’on le loue, et qu’on glorifie son nom! Bref, il veut une relation personnelle avec les siens.

Mais comment avoir cette intimité avec Dieu lorsqu’il est si pur (saint) et que nous ne le sommes pas? Je crois que nous savons cette réponse…c’est intéressant de voir tout de même comment Dieu fait avancer son plan.

Suites de cette révélation

Autrefois, cela était possible par l’intermédiaire de Moïse, le prophète par excellence. Mais lui-même était imparfait et cette relation était imparfaite. C’est ce même Moïse qui dira plus tard :

L’Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez!… je [Yahweh] mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. » Pourtant, une note éditoriale à la fin du Pentateuque nous indique que : « Il n’a plus paru en Israël de prophète semblable à Moïse, que l’Éternel connaissant face à face.

La révélation de l’Ancien Testament nous suggère donc de regarder vers le futur. Lorsqu’on se tourne vers l’épître aux Hébreux, celle-ci débute en affirmant :

Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils [Jésus-Christ]

Ainsi donc, Jésus-Christ le Fils est le prophète ultime, dans le sens qu’il est celui par qui Dieu se révèle à la suite des prophètes d’autrefois. Il remplit lui-même toutes les caractéristiques d’un prophète : Il est envoyé par Dieu, authentifié par Dieu et transmet les paroles de Dieu9. Il est le seul médiateur entre Dieu et les hommes.

Mais à plusieurs égards, il est beaucoup plus qu’un prophète : En revenant un peu en arrière, nous trouvons Ésaïe le prophète annonçant que cet enfant qui naîtrait serait appelé « Dieu Puissant » et « Père Éternel ». Des titres appartenant à Dieu lui seraient attribués. Jésus-Christ était non seulement prophète, mais il a incarné la présence de Dieu parmi nous. C’est ce que l’apôtre Jean confirme lorsqu’il dit « Et la parole a été faite chair, et elle a habité [monté sa tente] parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. » Dieu est « descendu » une autre fois, personnellement cette fois-ci pour délivrer son peuple. L’ange annonçant sa naissance à Marie n’a-t-il pas dit que son nom serait Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » ? Jésus lui-même affirmera plus tard que celui qui l’a vu a vu Dieu (le Père).

Peut-être l’allusion la plus claire dans le Nouveau Testament au nom Yahweh se trouve dans Jn 8.58 : Jésus lui-même y dit : Avant qu’Abraham fût, « Ἐγώ εἰμι », faisant écho à l’identification que Dieu se donne en Ex 3.14. Jésus ne prétend pas seulement avoir existé avant Abraham (il aurait alors parlé au passé), mais il annonce sa divinité. Les Juifs ont immédiatement compris les implications de cette déclaration et des autres allusions semblables aux v. 24 et 28, saisissant des pierres pour le tuer selon les prescriptions de la loi contre le blasphème. Le message est clair et revient à dire « Je suis la révélation de Dieu, l’endroit où se manifeste la présence de Dieu dans l’histoire humaine ». La révélation de Dieu sous le nom de Yahweh au Sinaï, aussi grandiose soit-elle, n’est qu’une étape vers la révélation complète de Dieu en son fils Jésus-Christ. Il est simultanément le messager et le message; le prophète et la révélation en une seule personne.

C’est par Jésus et grâce à son œuvre rédemptrice que les croyants peuvent maintenant connaître Yahweh comme Père et avoir cette relation intime avec Dieu que celui-ci recherche avec nous. Il est « Je suis », celui qui intervient en faveur de son peuple et qui sauve. « Il n’y a de salut en aucun autre; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. »

Curieusement, de même que Yahweh donne son nom à son peuple afin qu’il puisse servir à l’invoquer et le louer, le nom de Jésus nous est maintenant donné. Jésus affirme : « En vérité, en vérité je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent, vous n’avez rien demandé en mon nom. » Jésus affirme donc qu’il est le moyen d’accès pour approcher le Père, et la raison pour laquelle le Père répondra à notre prière. Demander en son nom revient aussi à dire qu’on demande ce qu’il aurait demandé, car c’est par lui et pour lui qu’il nous faut adresser nos demandes. Glorifier son nom est l’équivalent de glorifier sa personne et le faire connaître. Encore ici, le nom n’est pas un objet magique garantissant notre démarche religieuse. Il représente plutôt une personne par qui nous pouvons adresser et interpeller directement ce Dieu qui se révèle, se rend disponible et qui veut se montrer proche des siens. À ce nom est aussi rattaché un élément de promesse, un engagement de la part de Dieu à intervenir dans la vie des siens.

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