Trois questions au gouvernement en rapport avec la Charte


Ce qui suit est une lettre ouverte écrite par Glenn Smith, président de la Table de Concertation Protestante en Éducation et Directeur de Direction Chrétienne. Cette lettre pose trois questions pertinentes en lien avec le projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises. Sans parler des motifs politiques, la question fondamentale concerne la perspective que le Québec doit adopter sur la laïcité en général et plus spécifiquement au niveau de son gouvernement et de ses services.

Même si ce projet de loi n’affecte pas les Protestants par le fait même que nous ne portons pas de signes religieux ostentatoires, il affecte néanmoins notre conception d’une société qui accueille favorablement la liberté d’expression religieuse dans la sphère publique. Et c’est sur ce point que le mouvement d’églises protestantes reproche de façon générale une intolérance idéaliste et philosophique de plus en plus aiguë de la part du gouvernement provincial.

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UNE LETTRE OUVERTE
De la Table de concertation protestante
Trois questions au gouvernement par rapport à la Charte

Depuis 1993, la Table de concertation protestante est un regroupement de différentes confessions et Églises protestantes qui désirent aborder ensemble des questions qui concernent la foi dans la sphère publique au Québec, surtout dans le système d’éducation public. Par la présente, nous voulons nous pencher sérieusement sur le projet de loi 60 puisqu’il traite de questions de laïcité et de vivre ensemble.

Il est clair que toute société a besoin de se doter de principes en matière d’accommodements raisonnables qui facilitent l’intégration de ses minorités religieuses à la vie publique. Les membres de la Table sont heureux qu’une initiative ait été mise en place pour finalement donner suite aux recommandations de la Commission Bouchard‐ Taylor de 2008.

Cependant, la Table estime qu’il est essentiel que le gouvernement tienne compte des trois questions suivantes alors qu’il s’apprête à convier la société à débattre de ce projet de loi en commission parlementaire.

D’abord, qu’entend le gouvernement par la « laïcité » ? Les protestants au Québec et ailleurs en Occident ont pris activement part à des discussions sur ce sujet, là où ils sont minoritaires sur le plan religieux. Selon le Recensement de 2011, les protestants représentent la plus grande minorité religieuse au Québec. La laïcité décrit depuis toujours le cadre des dispositions légales et judiciaires qui régit la relation entre un État et ses groupes religieux – « groupes de convictions », comme le Comité des affaires religieuses l’a affirmé dans un avis au ministre de l’Éducation en 2003. En dépassant ce cadre historique de la neutralité de l’État, de la séparation de l’Église et de l’État et de la liberté de conscience et de religion, ce projet de loi ne donne pas l’impression de décrire une laïcité, mais plutôt de parler d’un « laïcisme », une sorte de fondamentalisme séculier, une religion civile dirigée par l’État. Qu’entend le gouvernement par la laïcité ?

Ensuite, qu’entend le gouvernement par la neutralité ? La portée de ce projet de loi est tellement vaste que nous craignons qu’il ne sera pas interprété par les tribunaux comme juste et équitable à l’endroit des minorités religieuses. En fait, c’est la neutralité même de l’État qui est à risque de ne pas respecter les articles 3 et 10 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Ce projet de loi est‐il juste et équitable à l’endroit des minorités religieuses ? Sans cette justice et cette équité, n’y a‐t‐il pas effritement du fondement même de la « neutralité » ?

Finalement, pourquoi interdire certains signes et symboles religieux ? Pourquoi le projet de loi cible‐t‐il les femmes musulmanes qui portent le voile et non les hommes musulmans qui portent la robe ? Pourquoi cible‐t‐il certains fonctionnaires, y compris les membres du clergé catholique romain qui portent des croix dans les facultés de théologie ? Pourquoi ne cible‐t‐il que les signes religieux ostentatoires alors que d’autres symboles peuvent ostensiblement montrer l’appartenance politique, syndicale ou sectaire ? Règle générale, les protestants ne portent pas de signes religieux ostentatoires. Il semble qu’il n’y ait rien dans le projet de loi qui affecte directement le monde religieux et la vision du monde des communautés protestantes. Pour être solidaire de toutes les traditions religieuses, il est primordial que le gouvernement réexamine ces aspects du projet de loi.

Nous exhortons le gouvernement à réexaminer le rapport Bouchard‐Taylor que nous trouvons plus complet que le projet de loi 60, parce qu’il donne une orientation plus exhaustive que celle fournie par ce projet de loi. Le gouvernement devrait aussi se saisir de l’avis de 27 pages de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Et pourquoi le gouvernement n’a‐t‐il pas demandé un avis du Comité des affaires religieuses ?

L’idée sous‐jacente à ce projet de loi semble qualifier la religion de poison. « Elle doit donc être marginalisée ! Nous devons protéger nos enfants contre ses effets ! » Nous exhortons les confessions et les Églises protestantes de montrer, comme elles l’ont fait depuis 450 années au Québec, que cette idée est totalement fausse. Les protestants veulent vivre leur foi en Jésus‐Christ dans leur quartier, leur voisinage, leur milieu de travail et leur ville et poser des gestes de grâce, de miséricorde et de justice envers tous leurs concitoyens.

Glenn Smith
Président sortant
Table de concertation protestante 13 novembre 2013

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