Une foi aveugle? (Jean 9.1-41)


Il arrive parfois qu’un Chrétien se fait accusé d’avoir une foi aveugle. Le raisonnement va comme suit. Nous croyons en Dieu parce que la Bible nous dit que Dieu est fiable. Nous croyons la Bible parce que Dieu nous dit que la Bible est fiable. Mais où sont les évidences de la fiabilité de Dieu et de la Bible? Si nous acceptons que la Bible est néanmoins une source fiable de récits historiques et non pas des histoires inventées, il nous faut au moins considérer le récit de ceux qui ont rencontrés Jésus. Qu’a-t-il dit? Qu’a-t-il fait? L’histoire de l’homme aveugle en dit long dans ce cas et son récit est plutôt difficile à reléguer à des histoire habilement conçue ou du genre de compte de fée. L’honnêteté et le sarcasme humain sont palpables.

Lire Jean 9.1-41

Quelques observations pour se situer dans le contexte

  • Jésus et ses disciples aperçoivent un sur le bord du chemin un aveugle…fait référence à un lien entre les handicape physiques et la malédiction de Dieu qui est bien ancrée dans la culture du temps de Jésus. Si un malheur devait t’arriver, on assumait carrément que tu avais mal agit et que Dieu devait te punir de cette façon pour t’apprendre une leçon ou pour t’amener à faire une pénitence. Jésus vient réfuter cette idée deux versets plus loin.
  • Jean 9.14 nous indique un détail très important. C’était le jour du Sabbat. Hors, un bon juif ne devait pas faire de labeurs le jour du Sabbat. Lorsque Jésus se penche pour faire de la boue et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle, on considère qu’il a effectué une labeur. Il est donc accusé d’avoir enfreint la loi de Moïse. Cette accusation n’est même pas biblique. Même dans la loi de Moïse on encourage fortement d’user de compassion envers une bête qui sort du champ ou qui est en danger…combien plus un être humain. (voir Deut 22.1-4 et le commentaire de Jésus à ce sujet dans Luc 14.5)
  • Les Pharisiens sont un groupe de leaders religieux qui croyaient fermement que l’on pouvait avoir accès à la justice d’une telle manière que l’on pouvait satisfaire toutes les exigences de la loi de Dieu. Pour se faire, les Pharisiens avait interprété beaucoup des lois de telle façon qu’une observance assidue permettait au commun des mortels d’être justifiés devant Dieu. En créant toute une liste de manières pratiques de respecter la loi de Moïse (sujet à interprétation bien sûr), ils offrent un chemin pour être justifié devant Dieu.
  • Respecter la loi de Moïse était l’idéal ou la valeur suprême de justice devant Dieu. Celui qui obéit la loi, respecte Dieu lui-même. Les Pharisiens se questionnent donc sur l’identité de Jésus qui ne respecte pas les pratiques couramment acceptées pour respecter la loi.

Le danger de nos présuppositions

La scène est établit clairement dès le départ. Jésus et ses disciples voyagent sur la route et remarquent un aveugle (en train de mendier?) sur le bord de leur chemin. On nous fait remarquer que l’homme en question est né aveugle. Cette connotation entraine une discussion. L’homme n’a pas eu l’occasion de faire le mal puisqu’il est né avec la condition d’aveugle. Alors, ce serait-ce ses parents qui auraient péché contre Dieu? Est-ce que Dieu savait qu’il allait enfreindre sa loi après la naissance et donc a agit avec préemption pour punir l’aveugle?

Jésus rend nul l’argument du pour ou du contre. Il adresse plutôt la présupposition de base. L’homme est aveugle ni à cause du péché de ses parents ou ni à cause du sien. Il est aveugle parce que Dieu fait toutes choses pour dévoiler qu’il est Dieu (glorifier Dieu = rendre plus visible et perceptible sa nature déjà glorieuse).

Il s’agit d’une observation avec une portée immense pour nos vies quotidiennes. Le commentaire de Jésus révèle non seulement la vision très restreinte des disciples, mais l’existence de présuppositions dangereuses dans nos vies. Nous pourrions même parler de préjugés. Mais dans ce cas, nous parlons de préjugés au sujet de Dieu et de sa façon d’agir. Il est facile pour nous de se tourner vers Dieu et de crier… »non mais, ce n’est pas juste ce que vous avez fait à ce pauvre homme…né aveugle de naissance…voyons donc! À votre place Dieu, je n’aurais pas fait la même chose. »

En réalité, nous disons, « à votre place, je crois que suis pas mal plus intelligent, sage et connaissant que vous Dieu. »

La réalité choquante est que nous ne sommes pas super intelligent. Honnêtement, nous n’arrivons même pas à mettre en branle le peu de compassion que nous avons envers tout le monde de façon juste et équitable. Il nous arrive même trop souvent de manquer de compassion et de justice envers ceux que nous prétendons aimer le plus. Quelle prétention de s’élever au statut de « Créateur de l’univers » pour lui dire qu’il a fait une erreur!

Jésus répond que l’aveuglement du pauvre homme n’est ni parce que Dieu veut le punir, ni parce que Dieu veut punir ses parents. Dieu veut dévoiler sa nature qui est sans pareil dans ce monde.

Le reproche qui découle d’une mauvaise présupposition

L’identité de Jésus est basée sur des évidences qui ne respectent pas des idées préconçues sur la justice. Les discussions sur la nature et l’identité de Jésus sont grandement influencées par la présupposition de base chez les Pharisiens de ce qui est juste ou injuste aux yeux de Dieu.

Certains regardèrent ce que Jésus fit et conclurent que Jésus venait effectivement de Dieu. D’autres, affermirent le contraire. La raison? Jean 9.16 nous dit que certains dirent que Jésus ne pouvait pas venir de Dieu, malgré l’évidence frappante de sa compassion envers l’aveugle, parce que Jésus ne respectait pas le Sabbat selon l’interprétation des Pharisiens.

Nous pouvons nous poser la question : mais qui est réellement aveugle? Ne seraient-ce pas les Pharisiens qui sont les aveugles à cause de leur propres présuppositions sur le genre d’obéissance à la loi qui plait à Dieu? Ont-ils perdu de vu la vraie justice, celle qui ressemble à Dieu, pour ne pas même reconnaître la gloire de Dieu qui se reflète dans les actions miraculeuses de Jésus?

Sans entrer dans les détails, l’Ancien Testament est remplie d’évidences qui affirment que le but de la loi est d’aimer Dieu et d’aimer son prochain. C’est d’ailleurs ce que Jésus a répondu aux chefs religieux de son temps lorsqu’on lui demanda sournoisement lequel des commandements était le plus grand. (voir Matt 22.36-40)

Il existe un parallèle intéressant avec notre société contemporaine. Bon nombre de gens refusent de croire dans l’existence du Dieu de la Bible parce que ce Dieu là ne correspond pas à leurs présuppositions sur ce qu’est le bonheur, le succès, voir même la justice. On va même relégué la fidélité à Dieu à une série d’observances ou de rites religieux. Nous avons effectivement confondu la religion avec la théologie. Nous assumons que de parler de religion, c’est la même chose que parler de théologie. Pourtant, la théologie est l’étude de qui est Dieu. La religion est l’étude de comment les hommes essaient d’entrer en relation avec leur Dieu. Nous devrions être moins des religieux et plus des théologiens.

Alors il faut se poser la question, « est-ce que ma conception du succès, du bonheur, de la vie correspond à la réalité des choses? » Pense-y sérieusement et tu découvriras quels sont tes présuppositions de base.

L’honnêteté sans prétentions de l’aveugle

Le récit de Jean est un peu comique. Les détails sont riches. Ça se lit comme le reportage d’une joute de hockey avec les va et vient de la rondelle. Au milieu de tout cela, on retrouve l’aveugle. Il est rempli de présupposés, mais les siens sont curieusement honnêtes et de nature très pratiques (réelles). Il ne sait même pas ce à quoi le monde autour de lui ressemble. Toutes ses présuppositions sont le résultat de ses expériences, ce qu’il ressent. De façon ironique, il est observateur de premier rang par ses sens. Il n’a jamais été dupé par les regards. Il vit selon ce qu’il touche et ce qu’il entend. Il est un réaliste. Et ce jour-là, il rencontre Jésus.

(Jean 9.25) S’il est pécheur ou non, répondit-il, je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais: j’étais aveugle et maintenant, je vois.

Quelle sincérité! Quelle honnêteté! Il ne sait pas trop quoi penser de toutes les idées qui circulent. Il ne sait même pas qui l’a guérit. Mais une chose il sait. Avant de rencontrer ce Jésus, il était aveugle. Et maintenant, il voit.

Une rencontre fascinante entre l’homme aveugle et Jésus

Jésus n’est pas comme l’homme défiguré dans le Phantom de l’opéra qui s’approprie l’affection de la jeune fille par le biais sa voix et de ses paroles flatteuses. La position de Jésus est précaire. Est-ce que le Jésus issu de la conception aveugle mais réaliste de l’homme né aveugle correspondra au Jésus debout devant lui dans toute son humanité?

(Jean 9.35-38) Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Il alla le trouver et lui demanda:
—Crois-tu au Fils de l’homme?
36 Il lui répondit:
—Qui est-ce? Dis-le moi, Seigneur, pour que je puisse croire en lui.
37 Jésus lui dit:
—Tu le vois de tes yeux. C’est lui-même qui te parle maintenant.
38 —Je crois, Seigneur, déclara l’homme, et il se prosterna devant lui.

De la même façon que l’homme aveugle affirme l’authenticité de ce qui fut arrivé, il affirme l’authenticité de Jésus. C’est quand même remarquable que l’homme né aveugle puisse reconnaître en Jésus celui qui se dit être de Dieu. L’homme maintenant guéri voit en Jésus l’authenticité mise à l’épreuve de la gloire de Dieu révélé en Jésus. Il se fit à son expérience. Et son expérience lui affirme que l’homme devant lui est bel et bien Dieu. Il croit tout simplement.

Le parallèle entre ce récit et le récit de nos vies

Nous ne pouvons pas passer à côté de l’analogie de la foi qui ressort de ce récit. Certes, il y avait un vrai aveugle qui fut réellement guéri et des pharisiens qui remirent en question la nature de Jésus. Mais il y a aussi un parallèle entre la position de l’aveugle et la position de toute personne née dans ce monde avec un aveuglement spirituel.

La Bible nous affirme que nous sommes tous nés pécheurs…avant même que nous ayons pu prouver à Dieu si nous l’étions ou pas.

(Romains 2.23) Tous ont péché, en effet, et sont privés de la glorieuse présence de Dieu,…

Notre condition de départ est semblable à celle de l’homme né aveugle. Et lorsque Jésus vient à notre rencontre, il ne répond pas à la question, « est-ce moi qui suit responsable de mon état d’aveuglement spirituel ou mes parents? » Il vient nous offrir la vue.

La déclaration de Jésus à la fin de Jean 9 devrait nous faire réfléchir longuement et sérieusement sur le rôle de nos présuppositions personnelles.

(Jean 9.39) Jésus dit alors:
—Je suis venu dans ce monde pour qu’un jugement ait lieu, pour que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles.

Jésus vient mettre au défi tes présuppositions. Et celle qu’il veut te faire voir est qu’en réalité, tu ne vois pas comme tu devrais voir. Tu as besoin de voir et Jésus t’offre la possibilité de voir un sens à ta vie qui vaut la peine d’être vécue et qui vient répondre à la question de ton existence, de ta valeur propre, de ton identité et de ta destiné éternelle.

Conclusion

Nous recherchons tous une direction pour nos vies. Nous avons des questions sur la direction à prendre dans nos vies personnelles, dans celles de notre famille, dans notre église, même la société. Comme ce récit dans Jean 9 nous le montre, nous avons besoin de voir avec les yeux du Christ. Si Jésus est réellement l’envoyé de Dieu, il nous faut prendre au sérieux ses affirmations et prendre conscience de nos présuppositions.

De plus, si nous reconnaissons en Jésus la direction de Dieu pour nos vies, nous faisons bien de comprendre que le genre de justice que Dieu requiert est celle qui glorifie Dieu et non pas notre sentiment de religiosité ou de « devoir accompli ». Le chemin sur lequel Dieu nous place est un chemin qui nous mêne à approfondir notre relation avec le Christ lui-même. Sans être ésotérique ou mystique, la vie Chrétienne se base entièrement sur un attachement aux paroles et à l’oeuvre de Jésus. C’est lui qui devient notre justice devant Dieu. C’est à cause de lui qu’un jour lorsque nous paraitrons devant Dieu après que cette vie aura finie son cours que nous nous présenterons non avec une justice propre, mais couvert par Jésus. Et Dieu nous regardera pas comme étant des aveugles et pauvres que nous sommes, mais il verra son Fils au travers duquel nous avons été rachetés à grand prix. Et ça mes amis, sera pour Dieu un très grans sujet de gloire.

Non, notre foi n’est pas aveugle. Notre foi reconnait que nous sommes aveugles et que nous avons besoin d’une vision renouvelée.

(Le dessin d’illustration fait partie de la collection d’un jeune digital artist chrétien qui s’identifie par Eikonik qui veut dire « fait à l’image de… » en grec. Pour voir sa collection fascinante, cliquer sur le lien suivant : http://eikonik.deviantart.com)

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