Pourquoi tant de souffrance si Dieu est bon?


Nous avons tous entendu la question. Mais nous luttons parfois avec la réponse. Nous assumons d’ailleurs que parce que la souffrance est généralement une chose à éviter que Dieu devrait forcément faire l’effort de nous l’éviter aussi. Mais lorsqu’on s’y arrête, ce n’est pas évident de pointer du doigt Dieu comme étant la cause de la souffrance ou même d’affirmer sans équivoque que la souffrance est foncièrement quelque chose de mal. Une vision chrétienne du monde quand à elle affirme que Dieu est bon et que la souffrance a une raison d’être qui est bonne même si on ne peut en comprendre la raison.

Comment définir la souffrance?

La souffrance n’est pas une chose en soit, mais plutôt une réaction à un évènement ou à une action. Et sans vouloir diminuer la réalité de la souffrance, nous ne pouvons pas parler de la souffrance sans l’associer à une cause première. Nous parlons par exemple d’une victime de haine, d’abus quelconque ou d’un désastre. Nous parlons de l’effet d’une relation brisée, d’un décès. Nous pouvons même faire allusion à ce que l’on ressent en lien avec un mauvais choix, à des plans qui échouent. Mais dans la grande majorité des cas, on va assigner un blâme à la souffrance qui est le résultat d’une action qui vient d’une source qui est à l’extérieur de nous-mêmes. Personne n’aime s’infliger de la souffrance. Si nous le pouvons, nous faisons même notre possible pour éviter la souffrance. Ce n’est pas quelque chose que l’être humain recherche typiquement.

Le dictionnaire Larousse définit la souffrance comme un « état prolongé de douleur physique ou morale. » Lorsqu’on cherche une définition de la souffrance sur l’encyclopédie Wikipedia, on parle d’une « expérience de désagrément et d’aversion liée à un dommage ou à une menace de dommage chez l’individu. »

Réactions humaines

Il n’est pas étonnant que nous cherchons à assigner un blâme à la souffrance. Parce que Dieu est la cause de tout dans le monde, il est aussi facile de blâmer Dieu pour la souffrance. D’ailleurs, pour beaucoup de gens à travers l’histoire, la présence de la souffrance devient la raison pour affirmer que puisque la souffrance existe, Dieu ne doit forcément pas exister. Cette vision de la vie a d’ailleurs donné naissance à plusieurs philosophies de vie qui, lorsqu’on s’y arrête, cherchent à donner un sens à la vie sans Dieu. Alors on essaie d’expliquer la présence de la souffrance. En voici quelques-unes qui ont grandement influencées l’histoire et qui continuent d’influencer nos courants de philosophies contemporaines.

  • l’hédonisme : puisque Dieu n’existe pas, la nouvelle règle d’éthique ou morale est la recherche du plaisir. On fait confiance à nos émotions et à nos sentiments. On évite ce qui fait souffrir pour trouver le bonheur à tout prix, éviter tout sentiment de douleur. La souffrance est simplement l’opposé de ce qui est bon, ce qui fait plaisir.
  • épicuriens : en réaction à l’hédonisme, les épicuriens (civilisation grecque) reconnurent que la poursuite du plaisir absolu peut paradoxalement être la cause même de la souffrance. Les excès amènent leur part de souffrance et de conséquence malencontreuses. La poursuite du bonheur et du plaisir à tout prix finit par décevoir. La clé du bonheur est de trouver la bonne mesure de plaisir. C’est le développement des petits plaisirs raffinés ou l’art de démontrer une certaine retenue dans la poursuite du plaisir.
  • stoïcisme : encore en réaction à l’hédonisme et aux épicuriens, les stoïques affirment que le plus grand bien réside dans la raison et la vertu. Le vrai bonheur et donc le vrai plaisir est un idéal non-matériel. C’est un concept qui en dépit du fait d’être immatériel devient néanmoins un idéal avec des conséquences matérielles dans la vie d’un individu. On devient indifférent au plaisir et à la souffrance. On trouve notre plaisir dans la maîtrise et le sacrifice de soi.
  • utilitarisme : une philosophie de vie qui paraît en lien avec l’industrialisation où les actions d’une minorité peuvent influencer de façon drastique la vie de la majorité. On parle de la recherche du bonheur pour le plus grand nombre. Dans ce cas, la souffrance de la minorité est acceptable si elle produit le pus grand bien chez la majorité.
  • pessimisme : le monde est foncièrement rempli de souffrances. Ça fait partie de la vie. Le seul bonheur que l’on peut espérer trouver est dans des choses comme l’art, la philosophie, la perte de la volonté de vivre (ex. que sera sera). On observe aussi une tolérance envers ses compagnons de souffrance, une tolérance apprécie la perspective de ses semblables. D’ailleurs, on traite sévèrement d’irréaliste ou d’insensé celui qui cherche à éviter la souffrance.
  • Nietzsche : le père du nihilisme moderne qui affirma que la vie n’a aucun sens puisque Dieu n’existe pas. La seule posture qui a du sens est le pouvoir de dominer sur les autres pour trouver le bonheur. C’est le rejet absolu des valeurs absolues. Il y a un mépris pour la faiblesse de la compassion ou de la pitié en lien avec la souffrance. La souffrance est un état de faiblesse qui se rend esclave à la volonté des autres.

Il n’est pas difficile de faire le lien entre ces philosophies et leur milieu historique. Souvent, les philosophies deviennent l’expression réfléchie d’une réaction de masse qui cherche à redresser les abus de la philosophie qui prévalait chez le peuple.

Lorsque nous analysons chacune de ces philosophies, nous ne pouvons pas nous empêcher de faire une remarque assez simple. Dans tous les cas, la souffrance ne trouve pas une raison d’être qui enrichit la vie de l’individu. La souffrance est soit une chose à éviter à tout prix ou une chose que l’on impose sur les autres pour diminuer celle que nous ressentons.

Objections envers Dieu

Pour revenir à notre argument de base, si Dieu est bon, pourquoi permet-il la souffrance? Comme nous l’avons déjà noté. Cette façon de regarder la souffrance prend pour acquis que la souffrance est toujours mal. Cette perspective amène certains aux conclusions suivantes :

  • Dieu n’existe pas…sinon, il ne permettrait pas autant de souffrance dans ce monde.
  • Dieu est insensible. Il doit être trop occupé ou déconnecté pour empêcher la souffrance.
  • Dieu est impuissant. Il est incapable d’empêcher la souffrance.

Je ne veux pas croire dans un Dieu qui permet la souffrance, même s’il existe. Dieu existe peut-être. Ou peut-être pas. En tout cas, s’il existe, il n’est pas digne de confiance. (Anonyme)

Pour répondre à ces objections, une perspective chrétienne de la souffrance trouve une raison pour la souffrance qui respecte l’existence d’un Dieu qui est à la fois souverain et bon. Nous reconnaissons donc l’action souveraine de Dieu au milieu de la souffrance qui donne néanmoins un sens particulier à la vie…en dépit de la souffrance.

La souffrance n’est pas une preuve contre Dieu

Nous partons avec une conception biblique de Dieu, c’est-à-dire qu’il est à la fois souverain, bon et sensible à la souffrance de l’être humain. Assigner un manquement à Dieu pour la présence de la souffrance fait preuve d’une vision très restreinte sur Dieu et sur la place de la souffrance dans un monde où le mal est aussi réel que la souffrance qu’il cause.

  • La Bible affirme que Dieu n’est pas l’auteur du mal. (ex. Genèse 3.22; Jacques 1.13)
  • Ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas voir pourquoi Dieu permet la souffrance qu’il n’existe pas une raison valide pourquoi Dieu permet la souffrance. Celui qui accuse Dieu d’être impotent ou insensible à la souffrance assume qu’il sait hors de tout doute que la souffrance dont il est question n’a pas une raison valable d’exister. Pour prétendre une telle chose, il faudrait connaître tous les effets dans toute l’histoire de chaque instance de la souffrance dans la vie de chaque personne. Étant donné que tout est relié ensemble, il nous faudrait avoir une perspective gigantesque (voir même infinie) des choses pour affirmer avec confiance que la souffrance dans telle ou telle situation n’a pas de raison d’être ou que ce n’est pas une chose souhaitable.
  • Sur le plan humain, bon nombre de gens affirment être reconnaissants pour la croissance de leur maturité au travers de la souffrance qu’ils ont vécu même s’ils souhaitent ne pas avoir souffert. (ex. l’histoire de Joseph dans la Bible)

La souffrance comme preuve pour l’existence de Dieu?

Nous ne pouvons pas nous contenter de donner une réponse aux objections. Quelle place est-ce qu’une vision chrétienne du monde accorde à la souffrance?

Il faut se poser une autre question en partant. Pourquoi serions-nous révoltés contre l’injustice de la souffrance s’il n’existe pas un idéal de la justice ou même un bien absolu qui est souhaitable? Affirmer notre sentiment d’injustice envers la souffrance humaine est d’affirmer du même coup qu’il existe un idéal que la souffrance nous empêche d’atteindre.

Si par exemple, je prétends souffrir parce qu’un de mes amis est tué par un automobiliste sous l’influence de l’alcohol, j’affirme du même coup qu’il existe une règle qui stipule que de tuer un être humain est foncièrement mal. Mais sur quelle base vais-je affirmer une telle chose? Si je n’ai pas un fondement d’éthique morale, je n’ai aucun moyen pour affirmer que la souffrance causée par le mal dans le monde est aussi foncièrement mal. S’il n’existe pas une boussole morale qui me dit ce qui est bien et mal de façon absolue, alors la souffrance qui en découle n’a aucun sens non plus.

Donc, lorsque j’admets la présence de la souffrance et par extension la présence de la méchanceté, je dois admettre l’existence d’un idéal qui vient définir ce qui est bien/mal et ce qui est juste/injuste.

La Bible affirme que l’idéal du bien existe parce que Dieu l’a défini ainsi. Le bien qui existe est l’empreinte de la nature de Dieu dans sa création. Le mal est donc une déformation de l’empreinte de la nature de Dieu. Et lorsque nous regardons la souffrance dans le monde, nous disons « ça ne devrait pas être ainsi! » Nous avons le droit et l’obligation de nous choquer contre la souffrance sous toutes ses formes parce que nous reconnaissons que la souffrance ne correspond pas à l’empreinte de Dieu dans le monde.

Une vision laïque du monde n’accorde aucune place à une véritable obligation morale, quelle qu’elle soit…et n’a donc aucun moyen de dire qu’il existe une véritable et épouvantable méchanceté. (C.S. Lewis, philosophe britannique du 20e siècle)

Une perspective chrétienne sur la souffrance

Comment est-ce qu’un Chrétien peut répondre à la souffrance? Quel espoir pouvons-nous donner à ceux qui souffrent? Est-ce que Dieu est insensible à la souffrance dans le monde? Est-ce que Dieu cause la souffrance pour atteindre ses buts?

Toutes ces questions trouvent une réponse qui est sensible à l’esprit humain dans la personne et l’oeuvre de Jésus-Christ. Lorsque nous considérons la mort et la souffrance de Jésus à la croix, nous ne pouvons pas dire que Dieu est insensible à la souffrance. Il a envoyé son propre fils payer le prix de l’injustice chez l’âme qui pèche contre la justice et le bien.

De plus, le genre de souffrance que Jésus a subit est extrême. Lorsqu’il est mort à la croix, il a perdu l’amour du Père dont il jouissait depuis la création du monde. (voir Marc 15.34) Ça peut paraître insignifiant, mais si l’on juge l’intensité de la souffrance en lien avec la perte de quelque chose qui nous était cher, on ne peut pas balayer de la main le genre de relation qui se développe sur une période aussi longue que l’éternité et dans une relation aussi parfaite que celle que vivent le Dieu Trinitaire (Père, Fils et Saint-Esprit).

La mission de Jésus de venir mourir à la croix pour payer le prix de l’injustice est une mission qui vise par extension aussi la souffrance. Il est venu mettre fin au mal et à la souffrance. Et dans sa résurrection, Jésus nous donne espoir qu’un jour le mal sera vaincu et que le bien l’emportera sur le mal dans le temps. (voir Apocalypse 21.3-5)

De plus, parce qu’en Christ le bien l’emporte sur le mal et la vie l’emporte sur la mort, je vis de façon restaurée à Son image. (Rom 6.3-4) Ma vie, en dépit de la souffrance, a une raison qui vaut la peine d’être vécue parce que Dieu me rassure que la fin de MA vie n’est pas la fin de LA vie. Parce que Christ est ressucité, je sais que mes souffrances contribuent à la gloire de Dieu dans l’éternité à venir. (Rom 8.18-24)

Et finalement, Christ me montre par son exemple comment pleurer avec ceux qui pleurent et comment réconforter ceux qui souffrent. (2Cor 1.3-5)

Lecture additionnelle sur une perspective chrétienne de la souffrance : 1Pierre 3.13-19

Comment aborder la question avec quelqu’un qui s’objecte à l’existence de Dieu

Il nous faudrait écrire un autre article pour adresser convenablement cette question. Mais fondamentalement, nous ne cherchons pas à convaincre quelqu’un qui s’objecte à la foi en utilisant des arguments intellectuels. La foi est réellement une question qui regarde l’âme entière de la personne. La raison n’en est qu’une partie, même s’il en est une partie importante.

De façon générale, lorsqu’on s’adresse à quelqu’un qui s’objecte à l’existence de Dieu, il faut établir en partant la nature de ses objections. Bon nombre de gens s’objectent pour des raisons qu’ils n’ont pas eux-mêmes prit le temps d’évaluer à la lumière de la réalité. Leur raisonnement est souvent le résultat d’une réflexion plutôt pragmatique sur le genre de vie qu’ils espèrent vivre. S’ils estiment que le but de leur vie est de faire beaucoup d’argent, ils vont adopter une philosophie de vie qui leur permet de justifier une façon de vivre qui leur donne le droit personnel de faire de l’argent par tous les moyens possibles, même si leurs décisions causent de la souffrance chez les autres.

Nous commençons donc par identifier les buts pour lesquels une personne poursuit sa vie. Ensuite, nous voulons essayons de savoir si leur approche à la vie (leurs priorités dans la pratique) leurs permettent d’atteindre la vie qu’ils recherchent. « Comment ça marche pour toi en ce moment? »

C’est en fonction de la réponse à cette dernière question que l’on commence ensuite à leur poser des questions sur la philosophie de vie qu’ils se sont construit. Est-ce qu’elle tient debout? Est-ce qu’elle leur satisfait? Comment est-ce que leur philosophie de vie affecte leurs proches? les gens qu’ils aiment? C’est seulement après qu’une personne reconnait que sa façon de vivre n’a pas vraiment un sens ou que sa philosophie de vie ne fonctionne pas qu’elle devient plus ouverte à considérer une alternative.

Il ne faut jamais aller trop vite dans l’apologétique qui traite de la question de la souffrance. Bon nombre de gens ont vécu des souffrances qui les influence encore aujourd’hui. Celui ou celle qui commence à remettre en question leur philosophie doit le faire avec beaucoup de tact et de sensibilité.

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