Le côté tranchant de la grâce (Pt 2)


L’évangile n’est pas seulement un appel à échapper au jugement de Dieu à cause de notre péché, c’est aussi un appel à se tourner vers Dieu pour une vie nouvelle. Nous apprenons que notre salut est le point de départ pour une vie qui produit « du fruit » qui rend honneur et hommage à la grâce de Dieu. Mais de quel fruit s’agit-il précisément ? Qu’est-ce que l’Esprit de Dieu cherche à produire en nous ? Jean 15 nous donne au moins 5 aspects du fruit que Dieu veut produire en nous par la puissance de son Esprit.

La grâce d’être émondé

Jean 15.2 — Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit.

Nous ne considérons pas « perdre quelque chose » comme étant un atout particulier. Nous assumons plutôt le contraire. Le plus que l’on gagne ou que l’on accumule, le mieux que c’est pour nous, non ? À vrai dire, ce n’est pas le cas lorsque nous parlons de la façon que Dieu veut nous faire grandir à son image par l’assistance de sa puissance.

Pour nous aider à comprendre comment Dieu nous fait grandir dans la foi, nous rencontrons l’image de la vigne avec ses branches et ses fruits. Un principe de base de la culture d’arbustes de tout genre est qu’il faut canaliser les ressources de chaque arbuste pour utiliser efficacement ce qu’il possède. À l’état sauvage, un arbuste produit un fruit qui est bon, mais il n’est pas à son meilleur. Des arbustes taillés quant à eux produisent un fruit qui est attirant et recherché. Par analogie, nous pouvons comprendre le lien entre la grâce de Dieu et notre soumission à la direction de Dieu pour nos vies. Si nous voulons produire du fruit qui honore et qui glorifie Dieu, il faut que nos vies reflètent ses desseins et que le produit de nos vies glorifie (rendent plus visibles) Dieu lui-même.

Nous pouvons donc faire ressortir le principe suivant : Dieu émonde dans nos vies afin que nous produisions plus de fruit qui honore et qui reflète Dieu.

De quel fruit s’agit-il ?

Jean 15.5 — Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.

En principe, le fruit dont il est question dans Jean 15 est tout ce qui est le produit de notre dépendance sur le Seigneur Jésus-Christ. Nous en avons 5 exemples dans ce texte.

  • (v. 7, 8, 16) ce que produit la prière dans le nom de Jésus
  • (v. 10) le produit de notre obéissance à Jésus
  • (v. 11) l’expérience de sa joie
  • (v. 12) amour pour les autres
  • (v. 16) l’effet de notre témoignage devant le monde

La prière dans le nom de Jésus

Jean 15.5 — car sans moi vous ne pouvez rien faire.

Jean 15.7 — demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.

Jean 15.16 — afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Nous pourrions décrire la prière simplement comme « parler à Dieu. » Mais dans le contexte de Jean 15, il s’agit plutôt d’une posture de dépendance sur l’œuvre de Jésus-Christ. Il est plus question ici d’une relation à deux sens. Je ne fais pas juste m’adresser à Dieu. Je m’accote sur lui. Je me repose sur lui. Ma force et ma motivation proviennent de ma relation avec lui.

Le premier fruit que nous constatons est une relation qui s’en remet au Seigneur Jésus-Christ pour tous les aspects de nos vies ici-bas. Cette posture commence à la conversion où nous acceptons volontiers l’offre de pardon du Seigneur pour se réfugier en lui afin d’échapper au jugement (justifié) de Dieu à cause nos péchés. Cette même posture se maintien et s’approfondit dans la vie du Chrétien par la suite. Des qualités comme l’humilité, la douceur, la patience, le courage, la foi et le discernement sont des manifestations de ce fruit dans la vie du Chrétien.

Connaître Christ — la Parole vivante

Jean 15.7 — Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.

Il y a quelques années de cela, j’ai entendu une conversation entre un pasteur et une personne qui lui demandait de prier pour elle. Sur quoi le pasteur lui a demandé, « As-tu pris position dans le camp de Dieu pour lui adresser ta requête ? »

J’ai compris par la suite ce qu’il voulait dire. Bien souvent, nous demandons des choses à Dieu, mais nous n’avons pas pris la décision de nous soumettre à sa volonté pour nos vies. Nous voulons avoir quelque chose de la part de Dieu sans devoir entretenir une relation avec lui, si ce n’est que pour avoir une conversation amicale.

C’est un peu comme la politesse dont nous faisons preuve lorsque nous nous entretenons avec un commis au comptoir pour recevoir un service. Nous posons quelques questions, faisons semblant d’être intéressés à leur réponse sachant malgré nos bonnes intentions que nous ne reverrons probablement pas la même personne bientôt. Ce n’est pas le genre de relation que Dieu veut cultiver avec nous.

Christ nous a rachetés à grand prix, au prix de sa vie. Il nous a sauvés pour nous adopter dans sa famille. Nous sommes son enfant. Christ est notre frère. Dieu nous considère ses amis. Et c’est dans cet esprit que Christ veut se faire connaître à nous. Comment ? Par sa Parole. La Bible est la meilleure source de révélation au sujet de Dieu. Nous n’en avons pas une autre qui soit plus claire ou plus précise.

Le deuxième aspect du fruit que Dieu veut faire fructifier dans nos vies est donc la connaissance du Seigneur Jésus-Christ. Nous ne parlons pas bien sûr d’une connaissance purement intellectuelle même si connaître une personne passe par notre intellect. Mais le genre de connaissance qui est envisagé est basé sur l’expérience de sa personne et de sa présence dans nos vies.

Ce genre de fruit se manifeste par connaître, appliquer, mémoriser, prier, discuter, étudier, illustrer, imiter, et chanter la Parole de Dieu. Il s’agit d’une relation si étroite avec la Parole de Dieu que nous commençons à penser les pensées de Dieu après lui. (Ex. Romains 12.1-2) Nous voyons même quelques exemples de ce genre de fruit dans la manière que l’apôtre Paul prie pour les Chrétiens. (ex. Col 1.9)

Un amour généreux

Jean 15.9 — …Demeurez dans mon amour. 10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour.

La dynamique au travers de laquelle nous développons nos amitiés est l’amour. Après tout, je ne peux avoir un ami si je ne lui accorde pas un certain intérêt qui cherche ce qui a de meilleur pour lui. L’amour n’est pas une chose évidente à cerner, et ce, en partie due au fait que nous avons tendance à aimer ceux qui nous apportent quelque chose. C’est peut-être une drôle de façon de le dire, mais nous avons tendance à accorder de l’amour à ceux qui nous aiment en retour. Mais au fond, c’est tout à fait égoïste, autant pour nous que pour ceux qui bénéficient de notre amour.

C’est pour cette raison que je ressens le besoin de qualifier l’amour dont il est question dans Jean 15. La motivation pour se garder dans les commandements de Jésus peut devenir une manière voilée de rechercher purement nos propres intérêts. En d’autres mots, j’accorde de l’amour à Dieu parce que je crois qu’en fin de compte ça tournera en ma faveur.

Il est vrai que d’aimer Christ comporte beaucoup d’avantages et de bénéfices. Qui ne voudrait pas après tout se lier d’amitié avec le Seigneur de l’univers ? Mais voilà justement le fond de la question. Est-ce que j’aime le Seigneur Jésus-Christ pour ce qu’il m’apporte ou pour ce qu’il est ? Est-ce que j’aime simplement ses dons ou le fait qu’il est celui qui donne ?

Trouver la réponse à cette question pour nous-mêmes est d’une importance capitale. Nous ne voulons pas être comme ceux à qui Jésus a adressé ses paroles dans Matthieu 7.

Matthieu 7.21 — Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22 Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? 23 Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.

Le genre de fruit que Dieu veut produire en nous va donc plus loin que de simplement manifester des bons sentiments envers autrui ou de leur donner quelque chose. L’amour dont il est question est le même que Dieu manifeste envers son Fils. C’est le même amour que Dieu et le Fils déversent en nous par le moyen de l’Esprit Saint. C’est un amour qui n’est pas commun, mais dont nous pouvons décaler quelques traces dans la vie quotidienne.

Il n’y a pas de formule adéquate pour générer ce genre d’amour. La seule façon d’en disposer est au travers d’une relation vivante avec le Seigneur Jésus-Christ lui-même. Mais nous pouvons tout de même nous poser quelques questions :

  1. Comment suis-je généreux envers mon prochain avec ce que Dieu m’a confié ?
  2. De quelles façons suis-je un exemple de générosité sacrificielle devant mes enfants ?

Apprendre à me réjouir

Jean 15.11 — Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.

Apprendre à se réjouir semble a priori être un non-sens. Comment après tout produire une joie sur appel ? Ne serait-ce pas faire preuve d’un manque de sincérité à l’égard de nos émotions ?

La base de la réjouissance dont il est question dans Jean 15 est les paroles du Seigneur Jésus-Christ. C’est notre attachement à sa Parole qui nous donne ce dont nous avons besoin pour nous réjouir. Quelle fut la dernière fois que la Parole de Dieu a su me réjouir ? Est-ce que je tiens aux promesses de Dieu ? Est-ce que j’y place ma confiance ? Au fond, est-ce que j’y crois ?

Une mesure de la foi qui nous anime est notre capacité à nous réjouir dans la Parole de Dieu. Le Psalmiste (David) exulte dans la réalisation de qui Dieu est pour lui. Les Psaumes sont remplis d’expressions de réjouissance dans ce que Dieu est et ce qu’il a fait. David n’est pourtant pas en train de vivre les réponses à ses prières à chaque coup. Il espère dans l’Éternel et en espérant, il se réjouit.

Dieu veut produire ce genre de fruit dans nos vies. Il veut amener notre foi à une telle maturité afin qu’elle puisse produire en nous un fruit de réjouissance dans le Seigneur, et cela, en toutes circonstances.

  1. Est-ce que j’ai développé la sorte de foi qui m’amène à célébrer le Seigneur Jésus-Christ ?
  2. Est-ce que j’arrive à louer Dieu pour ses interventions dans les circonstances de ma vie ?

Mourir à moi-même

Jean 15.13 — Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. 14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.

Les autres éléments du fruit que Dieu veut produire en nous ne sont pas possibles à moins que l’aspect de mourir à nous même prenne racine dans nos vies. Ma soumission à la Parole de Dieu est essentielle. Soit Dieu est Dieu ou Je suis Dieu. Ça paraît intransigeant de le dire de cette façon, mais dans la réalité, nous ne pouvons pas accepter les deux comme étant l’autorité finale dans nos vies.

Soit Dieu me dirige ou je me dirige par moi-même. Soit Dieu donne un sens à ma vie, ou j’en invente un qui répond à mes aspirations et qui établit les règles du jeu. Mais nous savons par expérience qu’il existe des absolus dans ce monde. Et celui qui remet en question leur existence vient de déclarer un non-sens : il n’y a absolument pas d’absolus dans le monde.

La réalité vient sagement ajuster nos perspectives sur la vie. Nous avons beau croire ce que nous voulons, mais tôt ou tard, la réalité de la vie (la vérité) vient nous remettre à l’ordre. La question est donc plus au niveau de notre réaction à ce qui est réel dans ce monde.

Dans une perspective biblique, nous ne pouvons pas réellement vivre à moins d’accepter en partant de mourir à nous-mêmes afin que nous puissions vivre selon Dieu. C’est d’ailleurs la base de l’amour. Je ne peux pas aimer quelqu’un à moins que je sois prêt à mourir à moi-même. Toutes relations humaines demandent un certain compromis des deux partis à la base. Sinon, ce n’est pas une relation d’amitié. L’un ne peut pas toujours acquiescer aux exigences de l’autre.

Dans le cas de notre relation avec Dieu, il y a quelque chose qui se passe à la conversion d’un individu qui fait en sorte que le cœur de l’individu aspire aux mêmes choses que Dieu aspire. Les Chrétiens ont toujours le même discours, semble-t-il.

« Ma vie n’allait pas bien parce que j’ai dû confronter la réalité de la vie et des conséquences de mes choix. J’ai alors réalisé que Dieu existe et qu’il m’invitait à une relation restaurée avec Lui. J’ai cédé à sa direction dans ma vie. Quelque chose est arrivé à mon cœur, mes affections. Et maintenant, je désire le suivre, et ce, je le fais librement et de mon propre grès. »

Bizarre ces Chrétiens non ? La liberté de l’évangile est celle qui m’invite à me soumettre à Christ. La vérité qui est présupposée en partant est que l’homme n’est pas réellement libre de toute façon. Sa nature humaine le pousse à faire toutes sortes de choses qui l’amènent à être esclave de toutes sortes de manières. Professant être libres, ils sont esclaves de leurs passions qui les amènent à faire des choses qu’ils regrettent en fin de compte.

Une perspective biblique de la nature humaine tient compte de la réalité du péché. Et c’est précisément à cause de cette constatation que Dieu nous offre de changer de camp en quelque sorte. Nous avons un drôle de choix : vivre selon l’attachement à nos passions charnelles qui nous poussent à la destruction et au désespoir ? Ou vivre selon les désirs et les passions d’un cœur renouvelé à l’image du Créateur qui nous a créés dès l’origine pour trouver notre joie et notre raison d’être en lui ?

Dans cette perspective, mourir à soi n’est pas une mauvaise proposition, surtout lorsque l’on considère la réalité et les conséquences du péché dans nos vies.

Si nous avons bel et bien fait l’expérience de la conversion par l’œuvre de l’Esprit de Dieu, il est bon de nous poser là aussi quelques questions :

  1. Il y a-t-il des choses auxquelles je tiens tellement qu’ils m’empêchent de vivre librement pour l’Éternel comme Il m’a appelé (moi) à le faire ?
  2. Ai-je accepté des habitudes de vies qui m’empêchent d’être généreux envers mon prochain ?

Conclusion

Dieu agit envers nous comme un vigneron qui taille sa vigne. Il désire produire du bon fruit en nous, du fruit qui reflète sa nature et qui rend hommage à ses œuvres.

Je vais finir en posant quelques questions. Les réponses à celles-ci se retrouvent dans ce qui fut présenté ci-haut.

  • Est-ce que je sais pourquoi Dieu m’a sauvé ? (Jn 15.16)
  • Est-ce que je sais pourquoi Dieu « émonde » dans ma vie ? (Jn 15.2)
  • Est-ce que je saisis le genre de fruit que Dieu veut produire dans ma vie ? (5 manières)
  • Au sujet de quoi Dieu me parle-t-il pour produire de son fruit dans ma vie ?

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