Nous sommes toujours dans le contexte d’une résolution de conflits dans l’église de Corinthe. Les instructions de l’apôtre Paul doivent être comprises dans cette perspective autant qu’elle doivent être reçues comme étant inspirées de Dieu pour nous aujourd’hui. Nous finissons le chapitre 1 avec une base théologique qui nous sera très utile pour comprendre les prochains chapitres.
18 Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. 19 Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.
20 Où est le sage? où est le scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? 21 Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication.
22 Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse: 23 nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, 24 mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs.
25 Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. 26 Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. 27 Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; 28 et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, 29 afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. 30 Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption, 31 afin, comme il est écrit, Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur.
Il est question de la prédication de la Bonne Nouvelle dont Paul fait mention plus tôt. En effet, il n’était pas venu principalement pour baptiser, mais pour prêcher la Bonne Nouvelle, ce même message qui trouve une signification visible dans le baptême. Nous allons donc faire une exégèse légère du passage, puis une application qui est pertinente pour nous aujourd’hui. Car comme nous l’affirme Paul dans son épître aux Romains, « 4 Or, tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l’espérance. » (Romains 15:4)
Exégèse de 1 Corinthiens 1:18-31
v.18 Le sujet principal de ce verset est le terme « prédication » (Gr. logos). C’est « l’idée » ou la « prédication » de la mort de Christ à la croix qui est une folie aux yeux d’un groupe de personnes, mais pour un autre groupe de personnes, la même prédication de la mort de Christ à la croix est la puissance même de Dieu. Le terme logos peut avoir la signification d’une prédication, mais ce n’est pas la même signification qu’on utilise pour la prédication qui cherche à convaincre son auditeur. Dans ce cas-ci, c’est plutôt l’annonce ou l’énoncé de Christ mort sur la croix qui semblent annoncer une folie. Ceci veut dire que l’idée même que Christ soit mort sur une croix pour justifier le pécheur est une folie. Ça n’a, en fin de compte, aucun sens logique …selon la sagesse courante ou populaire.
Notez le contraste entre pour les uns c’est une folie, et pour les autres, c’est une puissance. Pourquoi le parallèle ne se poursuit-il pas avec sagesse (c-à-d folie vs. sagesse) ? Je crois que Paul veut vraiment mettre l’emphase que la prédication de la croix n’est pas juste quelque chose que l’on peut comprendre avec un renouveau de pensée, mais qu’elle contient en elle-même une puissance (c-à-d une grâce) de faire quelque chose dans le coeur humain qui n’est pas possible simplement par la raison. Le message de la croix est un message de repentance. On parle donc du coeur, de l’âme qui a besoin d’être atteinte. Le message de l’évangile n’est pas un message intellectuel, mais un message de puissance qui change le coeur. Les prochains versets expliquent le contraste entre ceux qui sont sauvés et ceux qui sont perdus vis-à-vis du message de l’évangile.
v.19 voir Ésaïe 29:14
v.20 Le verset devrait être compris comme étant une question rhétorique. « Regardez ce que la sagesse du monde vous a apporté jusqu’à présent. N’est-ce pas décevant ? »
v.21 …là où la sagesse divine s’est manifestée, le monde n’a pas reconnu Dieu… En effet, là où Dieu s’est révélé, particulièrement au travers d’Israël, les gens l’ont rejeté au travers de la prédication de la sagesse. (voir Romains 1:20-21) Paul est en train d’argumenter pour le fait qu’on ne peut pas être réconcilié à Dieu au travers de notre raisonnement. Il y a un travail du coeur qui doit se faire. Par contraste, le « ceux qui croient » implique la présence d’une révélation de la part de Dieu. C’est ceux qui croient dans ce que Dieu nous a révélé qui sont considérés comme étant « sages. »
v.22-23 Pourquoi une absurdité pour les Grecs ? Les Grecs croyaient que la vie pouvait-être expliquée par la raison. C’est la culture qui donnera naissance à la philosophie classique. Réfléchir sur la vie et qu’il y ait des lois de la nature est très bien en soit. D’ailleurs, Paul emprunte plusieurs mots de la philosophie grecque pour expliquer sa théologie de la grâce offerte aux païens. Ce qui est important de retenir à cet effet est que la raison seule est insuffisante pour être réconcilié à Dieu, sinon, à quoi bon la croix de Christ et sa résurrection d’entre les morts?
Pourquoi un scandale pour les juifs ? Pour comprendre l’ampleur du scandale, nous devons lire Deutéronome 21:22-23 pour voir à quel point Jésus à prit sur lui la malédiction de Dieu à la place du pécheur.
v.24 Le Christ que Paul prêche manifeste la puissance et la sagesse de Dieu au travers de ceux qui sont appelés, ceux qui de façon merveilleuse ont le coeur changé et qui croient au message de l’évangile.
v.25 L’énoncé de Paul pourrait paraître être une simple comparaison à première vue, mais si on y réfléchi un petit peu, on se rend compte que Paul est en train de dire qu’on ne peut même pas comparer la sagesse et la puissance de Dieu avec celles des hommes. Car, là où la puissance de l’homme semble être la plus forte, la « faiblesse » de Dieu n’est pas à porté. La même chose s’applique pour la sagesse de Dieu. Car là où la sagesse de l’homme se révèle à son meilleur, la folie de Dieu n’est même pas sur la même planète. On ne peut donc pas comparer la sagesse de Dieu et celle des hommes. Dieu a choisi de se révéler au travers de quelque chose qui paraît être une folie car sa sagesse n’est même pas sur le même plan que celle des hommes.
v.26-29 Une considération : regardez ceux que Dieu appelle à lui-même, est-ce des gens particulièrement doués ? nobles ? Faut-il faire partie d’un élite économique, sociale, intellectuelle pour avoir accès à la promesse de l’évangile ? « Loin de là! » nous affirme l’apôtre Paul.
Voici trois raisons pourquoi Dieu a choisi de se révéler au travers de ce qui paraît être une folie :
- pour confondre ceux qui se pensent sages
- pour réduire à « insignifiant » ceux que le monde estime être important
- pour empêcher qui que ce soit de se vanter devant son créateur qui LUI, est digne d’être adoré
Pour un discours entre Dieu et un homme qui pensait avoir le droit de plaider sa cause (c-à-d de trouver une petite opportunité de se vanter devant Dieu), lire Job 38.
v.30 La folie de la prédication de la croix pour les hommes, sagesse de Dieu pour sa gloire, se révèle dans la personne de Jésus-Christ. Paul revient à la source. Jésus-Christ est cette révélation de Dieu. Jésus-Christ est devenue une folie, un sujet de scandale, pour attirer notre attention à la révélation de la sagesse de Dieu pour nous.
Voici de quoi s’agit la sagesse de Dieu :
- justice (acquittement) : Gr. dikaiosoune : être dans la condition acceptable
- sanctification (purification) : Gr. hagiasmos : sanctification… sainteté, l’effet de la consécration
- rédemption (libération du péché) : Gr. apo-lutro(n)sis : séparé …rançon payé
Application sur le passage
Nous savons que la foi doit passer par l’intellect, du moins c’est ce qu’implique par nature une révélation. Je fais attention à ce que je dis parce que rien n’est impossible à Dieu. Il est capable d’aller sauvé par exemple un handicapé mental, quelqu’un qui n’a pas la même capacité intellectuelle que la norme. Si Dieu choisi de se révéler à une personne avec des facultés réduites, il peut le faire. Cela ne dépend pas de la personne et de ses capacités dans ce sens.
Paul n’est pas non plus en train de dire que la sagesse du monde est complètement corrompue. Car la nature elle-même révèle la présence d’un Dieu par ses lois et ses interactions. C’est ce qu’on appelle une révélation générale de Dieu. Non, Paul fait référence à la sagesse qui se trouve à la base de comment nous allons aborder le problème du péché, du mal. Quelle est la sagesse qui explique mes questions d’existence, de comment comprendre la réalité qui m’entoure, et qui informe mes choix morales. L’existence d’une sagesse divine introduit un absolu dans le monde de mes valeurs personnelles. Il existe un Dieu qui détermine ce qui est bien et ce qui est mauvais en toutes circonstances et en tout temps. Il existe un Dieu qui explique la raison d’être de la création de laquelle je fais partie. La conclusion de Paul est « …puisque ce Dieu existe, il doit être honoré comme tel. » Donc, la seule réponse acceptable vis-à-vis de la révélation de Dieu est l’adoration du créateur. (c-à-d la soumission au Créateur)
Où est-ce que cela me laisse aujourd’hui ? Premièrement, et simplement, c’est dans mon intérêt de connaître la sagesse de Dieu qui paraît être à première vue une folie. Cette sagesse est clairement visible au travers de l’évangile qui me dit que je suis un pécheur avec un grand besoin d’être rescapé du péché qui m’habite. Le Dieu créateur t’invites à être réconcilié avec Lui par l’entremise de son Fils qui a prit ta place à la croix (la malédiction du péché).
Deuxièmement, et je m’adresse aux Chrétiens, ma vie a un sens qui vaut la peine d’être vécu. Ma vie a tout un sens qui est le même sens dans tous les domaines de ma vie. J’ai une direction, et une seule qui donne un sens à tous les domaines de ma vie, et c’est la Seigneurie de Jésus-Christ. Je n’ai pas une catégorie qui s’appelle « religion » et une autre qui s’appelle « travail » et une autre qui s’appelle « famille » où la Seigneurie de Jésus-Christ est exclue. Toute ma vie est un terrain saint, mise à part sous la Seigneurie de Jésus-Christ. Je vis donc dans ce monde, mais je ne suis pas à la poursuite de la sagesse populaire, même si celle du monde semble refléter celle de Dieu par moments.
J’apprends donc à dépendre de Dieu en faisant confiance à sa révélation au travers de Jésus-Christ. Ma vie est caractérisée en tout premier par la foi. Et cette foi m’amène à dépendre de Dieu dans la prière chaque jour, dans tous les domaines de ma vie. Je prie pour sa sagesse au travail, avec mes enfants, quand je vais aller voter. Je lis ma Bible en recherchant sa volonté pour mon travail, mes activités, mes décisions, mes choix morales. En fin de compte, ma vie a un sens qui a du sens pour moi dans tous les domaines de ma vie.